Au théâtre : Qui es-tu Fritz Haber ?

Rédigé par Pierre Durrande le 14 décembre 2016

C’est une heureuse initiative que la reprise de cette pièce remarquable tant par la très grande qualité du jeu d’Isabelle Andréani et de Xavier Lemaire que par l’importance du sujet porté à la scène. Nous sommes en 1915 en présence d’un couple de chimistes juifs allemands, Fritz et Clara Haber, au terme d’un repas pendant lequel Fritz s’est réjoui de la mise en service sur le front de cette redoutable arme de guerre, le gaz chloré, dont il est le créateur. Les convives sont partis et il éclate alors une redoutable dispute entre les époux au sujet de l’usage de cette nouvelle arme.

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Studio Hébertot, 78 bis, Bd des Batignolles, Paris XVIIe, jusqu’au 8 janvier, les mardis, mercredis, vendredis et samedis à 19 h, le dimanche à 15 h. Relâche le jeudi, et les samedi 24 et dimanche 25 décembre. Réservations : 01 42 93 13 04.

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Pour information :

 » Fritz Haber est un chimiste allemand qui a reçu le prix Nobel de chimie de 1918 pour ses travaux sur la synthèse de l’ammoniac2, importante pour la fabrication d’engrais et d’explosifs. Il est également considéré comme le « père de l’arme chimique » pour ses travaux sur le dichlore et d’autres gaz toxiques largement utilisés pendant la Première Guerre mondiale. D’origine juive, il fut contraint à l’exil en 1933 et mourut sur le chemin de Bâle en Suisse.

Fritz Haber est issu de la petite bourgeoisie juive allemande. (…) De 1886 à 1891, il étudie à l’université de Heidelberg sous la direction de Robert Bunsen, puis à l’université de Berlin dans le groupe de A. W. Hoffmann, et enfin à l’École technique de Charlottenburg avec Carl Liebermann. En 1893, il abjure le judaïsme pour devenir luthérien (protestant). Il se marie au tournant du siècle avec Clara Immerwahr, tout comme lui juive, allemande et brillante chimiste. De leur union nait un garçon, Hermann, en 1902, après une grossesse difficile. Clara abandonne ses travaux à l’université pour s’occuper de l’enfant, tandis que son mari part pour une mission de plusieurs mois aux États-Unis.

Après le suicide de Clara en 1915, Fritz Haber se remarie le 25 octobre 1917 avec Charlotte Nathan qui lui donnera une fille Eva Charlotte et un fils Ludwig Fritz (1921-2004). Fritz et Charlotte divorceront en 1927. (…) Durant la période de 1894 à 1911 à Karlsruhe, il développe un procédé de formation catalytique de l’ammoniac à partir d’hydrogène et d’azote dans des conditions de haute température et haute pression, que BASF adoptera en 1909 sous l’impulsion de Carl Bosch (d’où son nom officiel de « procédé Haber-Bosch »4). Il devient riche et influent. En 1914, il est l’un des signataires du Manifeste des 93 : ce document, publié en Allemagne dans La Revue Scientifique le 4 octobre 1914 en réaction au repli allemand lors de la bataille de la Marne, soutenait la politique guerrière du Reich et de son Kaiser. Il obtient la médaille Liebig en 1914.

Il a reçu le prix Nobel de chimie de 1918 « pour la synthèse de l’ammoniac à partir de ses éléments2 ». Le procédé Haber a été une étape importante dans la chimie industrielle, car il a séparé la production de produits azotés, comme les engrais, les explosifs et les matières premières chimiques, des ressources naturelles terrestres, en particulier du nitrate de sodium, dont le Chili était l’un des principaux (et presque unique) producteur. (…)

Ainsi, lorsqu’en 1909 le chimiste allemand Fritz Haber parvient à fixer l’azote atmosphérique en laboratoire8,9, sa découverte présente à la fois un intérêt militaire, économique et agricole. Aussi n’est-il pas surprenant qu’en 1913, à peine cinq ans plus tard, une équipe de recherche de la société BASF dirigée par Carl Bosch mette au point la première application industrielle des travaux d’Haber : le procédé Haber-Bosch10,11. Ce procédé servira de modèle, à la fois théorique et pratique, à tout un pan de la chimie industrielle moderne, la chimie à haute pression12,13.

La production industrielle d’ammoniac prolonge la Première Guerre mondiale en fournissant à l’Allemagne le précurseur de la poudre à canon et d’explosifs nécessaires à son effort de guerre, alors même qu’elle n’a plus accès aux ressources azotées traditionnelles, principalement exploitées en Amérique du Sud14. Durant l’entre-deux-guerres, la synthèse, à moindre coût15,16, d’ammoniac à partir du réservoir quasiment inépuisable que constitue l’azote atmosphérique17 contribue au développement de l’agriculture intensive et soutient la croissance démographique mondiale. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les efforts d’industrialisation du procédé Haber profitent largement au procédé Bergius, lequel permet à la société IG Farben de réaliser la synthèse de carburant pour le compte de l’Allemagne nazie, réduisant d’autant ses importations pétrolières.

Les prix Nobel des années de guerre (1914 à 1919) furent décernés en juin 1920. Les Français, les Britanniques et les Américains boycottèrent la cérémonie en raison des activités d’Haber pendant les hostilités6.

Pendant la Première Guerre mondiale, il travaille activement à la mise au point d’armes chimiques et l’emploi du chlore comme gaz de combat (« vagues dérivantes ») reçoit l’accord de l’état-major allemand. La première offensive allemande au chlore, sous sa supervision, est réussie mais ne parvient pas à obtenir la percée décisive pour des raisons essentiellement stratégiques7. L’état-major allemand n’avait pas prévu une telle efficacité, même si les positions françaises étaient décimées, les troupes allemandes n’étaient pas prêtes à se déplacer.

La première épouse de Fritz Haber, Clara Immerwahr, également chimiste de formation, réprouve ce dévoiement de la science et se donne la mort quelques jours après cette première attaque. Haber avait connu Clara à l’âge de dix-huit ans (elle en avait alors quinze) et il avait voulu la demander en mariage. Mais leurs parents respectifs s’étaient opposés au projet, jugeant Haber trop jeune. Les deux jeunes gens avaient pu se fiancer quand Haber s’était mis à travailler pour le compte de son père, mais les fiançailles avaient été rompues à la suite de la malheureuse affaire du chlorure de chaux. Sous l’influence de Haber, Clara s’était entre-temps mise à étudier la chimie et elle avait été la première femme à recevoir un doctorat de l’université de Breslau. À Fribourg, Fritz et Clara renouent leur ancienne idylle et se marient trois mois plus tard, au cours de l’été 19018.

Cette surenchère dans la barbarie, c’est plus que la femme de Haber ne peut en supporter. Dès le début, Clara Haber a fait l’impossible pour dissuader son mari d’entreprendre des recherches qu’elle juge criminelles et contraires à l’éthique scientifique la plus fondamentale. Elle a tenté en vain de faire comprendre à Fritz Haber à quel point son travail sur les gaz toxiques corrompait et pervertissait l’essence même de la chimie. Elle a plaidé au nom des principes humanitaires et, finalement, elle a exigé qu’il abandonne immédiatement ses recherches.

Mais Haber a refusé de l’écouter au nom des intérêts supérieurs du pays. Un savant, lui a-t-il répondu, appartient au monde en temps de paix et à son pays en temps de guerre. Les gaz pouvaient permettre à l’Allemagne de gagner la guerre et lui-même luttait pour une Allemagne triomphante, pilier de justice et d’ordre, soutien de la culture et de la science.

L’obstination de son mari va révolter Clara. (…) Désespérée par l’attitude de son mari, Clara se suicide d’un coup de revolver, un soir du printemps 1915, alors que Haber dirige une attaque aux gaz sur le front Est9. En fait il semblerait que la situation sentimentale du couple ait joué un rôle non négligeable dans son suicide (Fritz Haber entretenait une liaison avec sa secrétaire Charlotte Nathan, ce qui a beaucoup affecté Clara Immerwahr 10). Ce conflit a inspiré Claude Cohen, médecin anesthésiste devenu à cette occasion auteur de théâtre. Sa pièce Le nuage vert , Éditions Ovadia, représentée au Festival off d’Avignon en 2013 sous le titre Qui êtes-vous, Fritz Haber ? rend compte du conflit entre les époux.

La constante de Haber désigne la dose minimale de gaz fatale à l’homme. La « constante de Haber » s’applique selon la formule P=C/T, où C est la constante, P le poids de gaz en milligrammes par mètre cube et T le temps d’exposition en minutes. On peut, grâce à elle, calculer la dose mortelle d’un gaz en fonction du temps d’exposition11.

Membre du conseil de surveillance du groupe militaro-industriel IG Farben dès sa création en 1925, Haber fut aussi actif dans les recherches sur les réactions de combustion, sur la séparation de l’or de l’eau de mer, sur le mécanisme d’adsorption et l’électrochimie. La plus grande partie de son travail eut lieu de 1911 à 1933 à l’Institut de physique et d’électrochimie de Berlin-Dahlem. Il s’intéressa également aux pesticides et ses recherches permirent à Leonid Andrussow de mettre au point le procédé Andrussow servant à fabriquer industriellement le Zyklon B, produit initialement conçu comme insecticide pour désinfecter les cales de bateau et qui sera employé des années plus tard dans les chambres à gaz des camps d’extermination. En 1932, il est lauréat de la Médaille Rumford.

Peu après son arrivée au pouvoir le 30 janvier 1933, Adolf Hitler fait écarter les juifs de la fonction publique allemande. À cette époque, les scientifiques et les universitaires sont presque tous des fonctionnaires. Même si Hitler sait que Fritz Haber est un savant de premier plan qui adhère aux valeurs allemandes et qui par ses travaux a permis à l’Allemagne de prolonger la Première Guerre mondiale d’une année, il refuse de le laisser continuer à occuper le poste de directeur du Kaiser-Wilhelm Institut de physico-chimie à Berlin. Max Planck tente de faire fléchir le Führer lors d’une rencontre en tête-à-tête, mais ce dernier réplique : « Si la science ne peut se passer des Juifs, nous nous passerons de la science l’espace de quelques années »13. En 1934, Haber émigre en Angleterre, où il a obtenu un poste à l’université de Cambridge, mais il meurt d’une crise cardiaque lors du voyage dans un hôtel d’étape à Bâle14. « 

Sources : « Fritz Haber » et « Histoire du procédé Haber-Bosch » sur l’encyclopédie participative en ligne Wikipédia.

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