Grâce unique, c’est de nous qu’il dépend que la Parole éternelle retentisse ou ne retentisse pas

Nous qui ne sommes rien, qui ne durons pas,Ste Jeanne d'ARc.jpg
Qui ne durons autant dire rien
(Sur terre)
C’est insensé, c’est encore nous qui sommes chargées de conserver et de nourrir éternelles
Sur terre,
Les paroles dites, la parole de Dieu.

Mystère, danger, bonheur, malheur, grâce de Dieu, choix unique,
responsabilité effrayante, misère, grandeur de notre vie,
nous créatures éphémères c’est à dire qui ne passons qu’un jour.
qui ne durons qu’un jour,
pauvres femmes viagères qui travaillons comme des mercenaires,
qui ne s’arrêtent dans un pays que pour faire la moisson seulement ou la vendange,
qui s’embauchent pour une paye pour quinze jour trois semaines seulement,
et qui aussitôt après repartent par la route,
sur le chemin,
tournent au coin des peupliers,
nous simples voyageurs, pauvres voyageurs, fragiles voyageurs,
voyageurs précaires,
chemineaux éternels,
qui entrons dans la vie et aussitôt qui sortons,
comme des chemineaux entrent dans une ferme pour un repas seulement,
pour une miche de pain et pour un verre de vin,
nous débiles, nous fragiles, nous précaires, nous indignes, nous infirmes,
nous autres bergères, nous légères, nous passagères, nous viagères,
(mais non pas, nullement étrangères,)
grâce unique, (risque de quelle disgrâce ?)
Fragiles c’est de nous qu’il dépend que la parole éternelle
Retentisse ou ne retentisse pas.

Dans des cœurs charnels, voilà, mon enfant, ce que les anges ne connaissent pas,
Autrement que par ouï-dire,
Mais eux-mêmes ils ne l’ont pas éprouvé,
Dans des cœurs charnels, dans des cœurs précaires, dans des cœurs viagers,
Dans des cœurs qui se brisent
Une parole est conservée, est nourrie
Qui ne se brisera éternellement pas.
Dans des cœurs fragiles une parole qui se retrouvera toujours.

C’est pour cela, mon enfant, pour cela même,
(Tu t’y reconnais, tu t’y retrouves,)
C’est pour cela qu’il faut que France, que chrétienté continue :
Pour que la parole éternelle ne retombe pas morte dans un silence,
Dans un vide charnel.

C’est donc pour cela même,
(Nous y revenons, mon enfant, tu reconnais le chemin,)
C’est précisément pour cela,
C’est pour cela même, c’est juste pour cela,
Que rien de tout cela,
Et même rien de tout,
(Ainsi, en cela, par cela, par le jeu de cela,)
Que absolument rien de tout
Ne tient que par la jeune
Espérance,
Par celle qui recommence toujours et qui promet toujours,
Qui garantit tout.
Qui garantit demain à aujourd’hui et ce soir et ce midi à ce matin,
Et la vie à la vie et l’éternité même au temps.

Extrait de : Péguy, Ch. Le porche du mystère de la deuxième vertu. Paris. Gallimard. s.d. 127-130

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