Le combat spirituel (4/5) : Le bon usage de nos facultés

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Pour cette série d’articles, nous laissons Lorenzo Scupoli parler aux hommes adorateurs qui ont le courage d’entreprendre le combat spirituel. Il écrivit l’ouvrage « Le combat spirituel », ouvrage de référence de la vie spirituelle, que Saint François de Sales lisait tous les mois en entier. En le lisant, n’oublions pas l’injonction de Saint Ignace de Loyola : 

Prie car tout dépend de Dieu, mais agis comme si tout dépendait de toi

hommes adorateurs, combat spirituel, spiritualité, facultés, intelligence, volonté

Si la défiance de nous-mêmes et la confiance en Dieu sont nos seules armes dans ce combat, non seulement nous ne remporterons pas la victoire, mais nous nous précipiterons dans une infinité de maux. C’est pourquoi nous devons à ces deux armes en ajouter une troisième que nous avons mentionnée plus haut: l’exercice de nos facultés.

Cet exercice consiste principalement dans le bon usage de l’intelligence et de la volonté.

L’INTELLIGENCE.

L’ignorance cherche à obscurcir l’intelligence, à l’empêcher d’atteindre son objet propre: la vérité. C’est l’exercice qui doit lui rendre la clarté et la lucidité requises pour qu’elle soit à même de bien discerner ce qu’elle doit faire afin de purger l’âme de ses passions déréglées et de l’orner des vertus chrétiennes.

Cette lumière peut s’obtenir par deux moyens.

  • Le premier et le plus important est l’oraison: il faut demander à l’Esprit Saint de répandre la lumière dans nos cœurs. Il ne vous refusera pas, si nous cherchons sincèrement Dieu et l’accomplissement de sa volonté, et si nous sommes disposés à soumettre en toute occasion notre jugement à celui de nos supérieurs.
  • Le second est une continuelle application de l’esprit à examiner les choses soigneusement et de bonne foi, pour les juger conformément aux enseignements de l’Esprit Saint, et non d’après le témoignage des sens et les maximes du monde. Cet examen convenablement fait nous convaincra que ce que le monde corrompu aime, désire et recherche avec tant d’empressement n’est qu’illusion et mensonge; que les honneurs et les plaisirs de la terre ne sont que vanité et affliction d’esprit; que les injures et les opprobres sont des sujets de gloire, et la souffrance une source de joie; que le pardon des offenses et l’amour des ennemis constituent la vraie grandeur d’âme et notre plus grand trait de ressemblance avec Dieu; que le mépris des choses d’ici-bas est préférable à l’empire du monde; que la soumission volontaire aux créatures, même les plus viles, pour l’amour de Dieu, est plus honorable que la domination exercée sur les plus grand monarques; que l’humble connaissance de soi-même est plus digne d’estime que la sublimité de la science; qu’il y a plus de gloire véritable à vaincre et à mortifier ses moindres passions qu’à prendre d’assaut des cités nombreuses, mettre en fuite des armées puissantes, opérer des miracles et ressusciter des morts.

LA VOLONTÉ

Après avoir appris à bien user de votre entendement, il vous reste à régler votre volonté, à la détacher de ses propres désirs pour la rendre entièrement conforme à la volonté de Dieu. Remarquez bien qu’il ne suffit pas de vouloir et de faire les choses que vous croyez les plus agréables à Dieu ; vous devez en outre les vouloir et les faire sous l’impulsion de la grâce et dans la seule vue de plaire au Seigneur.

C’est ici surtout, plus encore que dans le précédent combat, que nous aurons à lutter contre notre nature. Toujours occupée d’elle-même, elle ne songe en toutes choses, plus parfois dans les choses spirituelles que dans les autres, qu’à ses commodités et à sa satisfaction propre.

Pour éviter ce piège qui vous empêcherait d’avancer dans la voie de la perfection, et pour vous habituer à ne rien vouloir et à ne rien faire que sous  et dans le seul but d’honorer et de satisfaire celui qui veut être le principe et le but unique de toutes nos actions et de toutes nos pensées, voici le moyen que vous avez à prendre.

  • Quand une occasion se présente de faire quelque bonne œuvre, attendez pour vous y porter que vous ayez premièrement élevé votre esprit à Dieu, afin de vous assurer qu’il veut que vous la fassiez, et que vous-même vous ne la voulez que pour vous conformer à sa volonté et lui être agréable. Votre volonté ainsi excitée et attirée par celle de Dieu, se pliera facilement à vouloir ce que Dieu veut, parc qu’il le veut, uniquement en vue de son bon plaisir et de sa gloire. Au commencement de vos actions, appliquez-vous à vous dépouiller autant que possible de tout mélange où vous soupçonnez qu’il entre un élément humain, et à ne rien vouloir, rien embrasser, rien rejeter que vous ne vous y sentiez auparavant poussé ou attiré par le seul motif de la volonté de Dieu. L’action la plus humble, faite en vue de plaire à Dieu seul et de procurer sa gloire, l’emporte infiniment sur les œuvres les plus importantes faites dans un autre but.
  • Pour cela, tournez vers Dieu les désirs et les affections de votre cœur ; aspirez à lui comme à votre unique et suprême trésor, comme au bien infiniment parfait, digne, à cause de sa perfection même, d’être recherché, servi et souverainement aimé par toutes les créatures. Plus notre intelligence s’attachera à considérer les titres infinis que Dieu présente à nos hommages et à notre amour, plus les affections de notre volonté deviendront tendres et fréquentes, et partant, plus vite et plus facilement se formera en nous l’habitude de rapporter toutes nos actions à Dieu.
  • J’ajoute un dernier avis. Pour obtenir cette grâce incomparable, demandez-la instamment au Seigneur, et considérez souvent les bienfaits sans nombre qu’il vous a accordés et qu’il vous accorde encore tous les jours, sans aucun avantage pour lui-même et par un pur effet de son amour.

 

Source: Les hommes adorateurs

Les articles précédents de la même série :

> Le combat spirituel (1/5)

> Le combat spirituel (2/5) : La défiance de nous-mêmes

> Le combat spirituel (3/5) : La confiance en Dieu

Les effets psychologiques et spirituels du pessimisme et des excès de pensées négatives

Une conférence de l’abbé Chad Ripperger, de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre. Le prêtre conférencier demande à chaque auditeur de prier trois Ave Maria à son intention.

L’encyclique Veritatis Splendor met en garde contre la proposition d’un « double statut de la vérité morale »: doctrine abstraite et situations concrètes

55. Suivant l’opinion de divers théologiens, la fonction de la conscience aurait été réduite, au moins pendant certaines périodes du passé, à une simple application de normes morales générales aux cas particuliers qui se posent au cours de la vie d’une personne. Mais de telles normes, disent-ils, ne peuvent être aptes à accueillir et à respecter la spécificité intégrale et unique de chacun des actes concrets des personnes ; elles peuvent aussi aider en quelque manière à une juste évaluation de la situation, mais elle ne peuvent se substituer aux personnes dans leurs décisions personnelles sur le comportement à adopter dans des cas déterminés. Dès lors, cette critique de l’interprétation traditionnelle de la nature humaine et de son importance pour la vie morale amène certains auteurs à affirmer que de telles normes sont moins un critère objectif et contraignant pour les jugements de conscience qu’une perspective générale qui, en première approximation, aide l’homme à ordonner avec cohérence sa vie personnelle et sa vie sociale. Ces auteurs relèvent encore la complexité propre au phénomène de la conscience : elle se réfère intimement à toute la sphère psychologique et affective ainsi qu’aux multiples influences de l’environnement social et culturel de la personne. D’autre part, on exalte au plus haut point la valeur de la conscience, définie par le Concile lui-même comme « le sanctuaire de l’homme, le lieu où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre ». Cette voix, dit-on, amène l’homme moins à une observation scrupuleuse des normes universelles qu’à une prise en compte créative et responsable des missions personnelles que Dieu lui confie.

Dans leur volonté de mettre en relief le caractère « créatif » de la conscience, certains auteurs donnent à ses actes le nom de « décisions » et non plus de « jugements » : c’est seulement en prenant ces décisions de manière « autonome » que l’homme pourrait atteindre sa maturité morale. Il ne manque pas d’esprits pour estimer que ce processus de maturation se verrait contrarié par la position trop catégorique que prend, sur bien des questions morales, le Magistère de L’Église, dont les interventions feraient naître, chez les fidèles, d’inutiles conflits de conscience.

56. Pour justifier de telles positions, certains ont proposé une sorte de double statut de la vérité morale. En plus du niveau doctrinal et abstrait, il faudrait reconnaître l’originalité d’une certaine considération existentielle plus concrète. Celle-ci, compte tenu des circonstances et de la situation, pourrait légitimement fonder des exceptions à la règle générale et permettre ainsi d’accomplir pratiquement, avec une bonne conscience, ce que la loi morale qualifie d’intrinsèquement mauvais. Ainsi s’instaure dans certains cas une séparation, voire une opposition, entre la doctrine du précepte valable en général et la norme de la conscience de chacun, qui déciderait effectivement, en dernière instance, du bien et du mal. Sur ce fondement, on prétend établir la légitimité de solutions prétendument « pastorales », contraires aux enseignements du Magistère, et justifier une herméneutique « créatrice », d’après laquelle la conscience morale ne serait nullement obligée, dans tous les cas, par un précepte négatif particulier.

Il n’est personne qui ne comprenne qu’avec ces positions on se trouve devant une mise en question de l’identité même de la conscience morale face à la liberté de l’homme et à la Loi de Dieu. Seuls les éclaircissements apportés plus haut sur le lien entre liberté et loi, lien fondé sur la vérité, rendent possible le discernement à faire sur cette interprétation « créative » de la conscience. […]

67. […] Si l’on considère les préceptes moraux positifs, la prudence doit toujours vérifier leur pertinence dans une situation déterminée, en tenant compte, par exemple, d’autres devoirs peut-être plus importants ou plus urgents. Mais les préceptes moraux négatifs, c’est-à-dire ceux qui interdisent certains actes ou comportements concrets comme intrinsèquement mauvais, n’admettent aucune exception légitime ; ils ne laissent aucun espace moralement acceptable pour « créer » une quelconque détermination contraire. Une fois reconnue dans les faits la qualification morale d’une action interdite par une règle universelle, le seul acte moralement bon consiste à obéir à la loi morale et à éviter l’action qu’elle interdit.

68. Il faut ajouter une importante considération pastorale. Dans la logique des positions mentionnées plus haut, l’homme pourrait, en vertu d’une option fondamentale, rester fidèle à Dieu, indépendamment de la conformité ou de la non-conformité de certains de ses choix et de ses actes délibérés avec les normes ou les règles morales spécifiques. En raison d’une option première pour la charité, l’homme pourrait demeurer moralement bon, persévérer dans la grâce de Dieu, gagner son salut, même si certains de ses comportements concrets étaient délibérément et gravement contraires aux commandements de Dieu, toujours enseignés par l’Église.

En réalité, l’homme ne se perd pas seulement par l’infidélité à l’option fondamentale, grâce à laquelle il s’est remis « tout entier et librement à Dieu ». Avec chaque péché mortel commis de manière délibérée, il offense Dieu qui a donné la Loi et il se rend donc coupable à l’égard de la Loi tout entière (cf. Jc 2, 8-11) ; tout en restant dans la foi, il perd la « grâce sanctifiante », la « charité » et la « béatitude éternelle ». « La grâce de la justification, enseigne le Concile de Trente, une fois reçue, peut être perdue non seulement par l’infidélité, qui fait perdre la foi elle-même, mais aussi par tout autre péché mortel ».

 

Encyclique Veritatis Splendor sur quelques questions fondamentales de l’enseignement moral de l’Église.

 

Faut-il distinguer clairement la vérité de l’erreur, le bien du mal, la vertu du vice, la grâce du péché, le pardon de l’excuse, et la miséricorde de la tolérance ?

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Pour se former sur ces questions : Veritatis SplendorPascendi Dominici GregisCatéchisme sur Pascendi

À propos de la réception des documents du Magistère et du désaccord public

 

Article de Mgr Tarcisio Bertone, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la foi (*)

 

(*) Texte original italien dans l’Osservatore Romano du 20 décembre 1996. Traduction de la Documentation Catholique (DC). Dans ce texte, toutes les références à la documentation catholique sont de notre rédaction.

 

Si l’on considère, parmi les Documents du Magistère récemment publiés, les Encycliques Veritatis splendor (DC 1993, n° 2081, p. 901-944) et Evangelium vitae (DC 1995, n° 2114, p. 351-405), la Lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis (DC 1994, n° 2096, p. 551-552) et le Responsum ad dubium (DC 1995, n° 2128, p. 1079-1080) de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur la doctrine d’Ordinatio sacerdotalis, ainsi que la Lettre de cette même Congrégation aux évêques de l’Église catholique sur la réception de la communion eucharistique de la part des fidèles divorcés remariés (DC 1995, n° 2103, p. 931-932), on se rend compte tout d’abord que ces Documents ont trouvé un très large écho qui fut même, par certains aspects, parfois retentissant dans de nombreux milieux ecclésiaux ou relevant de la société civile.

En ce qui concerne les milieux ecclésiaux et ecclésiastiques, on a pu constater des manifestations de total assentiment et de grande appréciation pour la publication de ces Documents, que ce soit de la part de nombreux cardinaux et Prélats, comme aussi de Conférences épiscopales, et même de nombreux prêtres et fidèles laïcs réagissant en leur nom personnel, qui se sont exprimés par écrit, adressant soit au Saint-Père soit à la Congrégation pour la Doctrine de la foi, leur adhésion et leur consentement à la doctrine proposée par l’enseignement du Magistère dans ces Documents. Il faut souligner en outre que l’initiative de présenter au préalable les Documents pontificaux – dans le cas des deux Encycliques comme dans celui de la Lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis – aux présidents des Conférences épiscopales principalement intéressées, au cours d’une réunion auprès du Saint-Siège, a été appréciée et a donné de bons résultats en ce qui concerne l’approfondissement du lien de communion entre le Siège apostolique, les évêques pris individuellement et les Conférences épiscopales, dans le but également de parvenir à de meilleurs résultats quant à la diffusion et l’accueil des Documents magistériels.

Par ailleurs, des voix dissonnantes ou exprimant un désaccord se sont également fait entendre, venant de théologiens, d’associations et de groupes ecclésiastiques, qui ont mis en doute soit le contenu et le fondement théologique des enseignements de ces Documents, soit leur valeur doctrinale et leur force contraignante, contestant que l’on puisse qualifier ces doctrines de définitives ou même comme proposées de manière infaillible par le Magistère. Il semble donc que l’on doive réfléchir sur les principales difficultés formulées en ce qui concerne la valeur et le degré d’autorité de ces interventions magistérielles.

 

I.

Sous l’angle doctrinal, et à la lumière de l’ensemble des réactions et des principales critiques faites à ces Documents magistériels susdits, il semble qu’il faille tout spécialement souligner certains aspects essentiels qui, dans le climat théologique et ecclésial d’aujourd’hui, sont source de confusion et d’ambiguïté, et sont la source en pratique de conséquences négatives dans l’enseignement de la théologie et le comportement de certains milieux ecclésiastiques.

1. En premier lieu, on doit signaler la tendance à tout mesurer selon le paramètre de la distinction entre  » Magistère infaillible  » et  » Magistère faillible « . L’infaillibilité devient alors la mesure dominante de tous les problèmes d’autorité, au point de remplacer de fait le concept d’autorité par celui d’infaillibilité. De plus, on confond souvent la question de l’infaillibilité du Magistère et la question de la vérité de la doctrine, en supposant que l’infaillibilité est la préqualification de la vérité et du caractère irréformable d’une doctrine, et en faisant dépendre la vérité et le caractère définitif d’une doctrine de l’infaillibilité ou non de la déclaration magistérielle. En réalité, la vérité et le caractère irréformable d’une doctrine dépendent du depositum fidei, transmis par l’Écriture et la Tradition, alors que l’infaillibilité ne se réfère qu’au degré de certitude de l’acte d’enseignement magistériel. Dans les diverses attitudes critiques qui se sont manifestées à l’égard des récents Documents du Magistère, on oublie de plus que le caractère infaillible de l’enseignement, et le caractère définitif et irrévocable de l’assentiment qui lui est dû, ne sont pas une prérogative qui appartient seulement à ce qui a été  » défini  » solennellement par le Pontife romain ou le Concile œcuménique. Quand les évêques dispersés dans leurs diocèses respectifs, en communion avec le Successeur de Pierre, enseignent qu’une doctrine doit être tenue d’une manière définitive (cf. Lumen gentium, 25 § 2), ils jouissent de la même infaillibilité que celle du Magistère du Pape s’exprimant  » ex cathedra «  ou du Concile.

Il faut donc réaffirmer que, dans ses Encycliques Veritatis splendor, Evangelium vitae, et dans la Lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis, le Pontife romain a voulu – même si ce n’est pas sous une forme solennelle – confirmer et réaffirmer des doctrines qui appartiennent à l’enseignement du Magistère ordinaire et universel, et que l’on doit donc tenir d’une manière définitive et irrévocable.

De plus, on doit aussi se souvenir que si l’autorité des enseignements du Magistère connaît des degrés différents entre eux, cela ne signifie pas que l’autorité exercée à un degré mineur puisse être considérée comme une opinion théologique, ou bien que, en dehors du cadre de l’infaillibilité, seule l’argumentation compterait et qu’alors une certitude commune de l’Église en matière doctrinale s’avérerait impossible.

2. En second lieu, ces considérations apparaissent très importantes en ce qui concerne l’adhésion à l’enseignement de Veritatis splendor et d’Evangelium vitæ, d’Ordinatio sacerdotalis et aussi du Responsum et de la Lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur la réception de la communion eucharistique par les fidèles divorcés remariés : s’agissant d’enseignements proposés ou confirmés par le Magistère sans recourir au  » mode définitoire  » (jugement solennel), l’idée s’est répandue que ces enseignements peuvent être révisés ou réformés par la suite, peut-être sous un autre pontificat. Cette idée est totalement privée de fondement et manifeste une compréhension erronée de la doctrine de l’Église catholique sur le Magistère.

En effet, considérant l’acte de l’enseignement, le Magistère peut enseigner une doctrine comme définitive soit par un acte définitoire soit par un acte non définitoire. Tout d’abord, le Magistère peut proclamer une doctrine comme définitive, et donc à croire de foi divine ou à tenir d’une manière définitive, par une déclaration solennelle du Pape  » ex cathedra « , ou d’un Concile œcuménique. Mais le Magistère pontifical ordinaire peut enseigner comme définitive une doctrine en tant qu’elle est constamment conservée et tenue par la Tradition et transmise par le Magistère ordinaire et universel. En l’espèce, l’exercice du charisme de l’infaillibilité ne se présente pas comme un acte définitoire du Pape, mais concerne le Magistère ordinaire et universel, que le Pape reprend par sa déclaration formelle de confirmation et de réaffirmation (généralement dans une Encyclique ou une Lettre apostolique). Si l’on soutenait que le Pape doit intervenir nécessairement par une définition  » ex cathedra «  chaque fois qu’il entend déclarer comme définitive une doctrine en tant qu’elle appartient au dépôt de la foi, cela entraînerait implicitement une dévaluation du Magistère ordinaire et universel, et l’infaillibilité ne serait réservée qu’aux définitions solennelles du Pape ou d’un Concile, donc dans une perspective autre que celle donnée par l’enseignement de Vatican I et de Vatican II, qui attribuent un caractère infaillible également aux enseignements du Magistère ordinaire et universel.

En ce qui concerne la nature particulière d’un enseignement du Magistère pontifical qui entend simplement confirmer ou réaffirmer une certitude de foi déjà vécue de manière consciente par l’Église ou affirmée par l’enseignement universel de tout le Corps épiscopal, on peut la voir, non pas en soi dans l’enseignement de la doctrine elle-même, mais dans le fait que le Pontife romain déclare formellement qu’il s’agit d’une doctrine qui appartient déjà à la foi de l’Église et est enseignée infailliblement par le Magistère ordinaire et universel comme divinement révélée ou qui doit être tenue d’une manière définitive.

À la lumière de ces considérations, il semble que ce soit un faux problème que de se demander si tel acte pontifical de confirmation de l’enseignement du Magistère ordinaire et universel est infaillible ou non. En effet, tout en n’étant pas par elle-même une définition dogmatique (comme le dogme trinitaire de Nicée, ou le dogme christologique de Chalcédoine, ou les dogmes marials), la déclaration pontificale de confirmation jouit de la même infaillibilité dont jouit l’enseignement du Magistère ordinaire et universel, qui inclut le Pape non pas comme simple évêque mais comme Chef du Collège épiscopal. À cet égard, il est important de préciser que le Responsum ad dubium de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur la doctrine enseignée dans la Lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis, tout en mentionnant le caractère infaillible de cette doctrine déjà en possession de l’Église, a voulu simplement réaffirmer qu’elle n’est pas proposée de manière infaillible seulement à partir de ce Document pontifical, mais que celui-ci confirmait ce qui partout, toujours et par tous, a été tenu comme appartenant au dépôt de la foi. Il est donc essentiel de conserver le principe qu’un enseignement peut être proposé infailliblement par le Magistère ordinaire et universel, même par un acte qui n’a pas la forme solennelle d’une définition.

3. On a soulevé en outre, ici ou là, la question de la réception d’une doctrine enseignée comme révélée ou comme devant être tenue définitivement par le Magistère ordinaire et universel, et on a dit, par exemple, que, pour cette réception, il faut que soit explicitement manifestée la volonté unanime de tout le Corps épiscopal, non seulement de proposer une affirmation déterminée, mais aussi de déclarer son caractère absolu et définitivement contraignant. D’où le doute que l’on ne rencontrerait pas ces qualités requises en matière de doctrine concernant la non admission des femmes à l’ordination sacerdotale, ni non plus en ce qui concerne certaines normes universelles de la loi morale.

Les interrogations et les doutes soulevés semblent toutefois ne pas tenir compte de certains facteurs que l’on doit mentionner, ne serait-ce que brièvement :

a) Le Magistère ordinaire et universel consiste dans l’annonce unanime des évêques unis au Pape. Il s’exprime par ce dont tous les évêques (y compris l’Évêque de Rome, qui est le chef du Collège) témoignent communément. Il ne s’agit pas de manifestations extraordinaires, mais de la vie normale de l’Église, de ce qui, sans initiatives particulières, est prêché comme doctrine universelle dans la vie ecclésiale quotidienne.  » Ce Magistère ordinaire est ainsi la forme normale de l’infaillibilité de l’Église «  (1). Il s’ensuit qu’il n’est pas du tout nécessaire que tout ce qui fait partie de la foi doive devenir explicitement un dogme. Il est au contraire normal que la seule  » communauté dans l’annonce  » – qui comprend non seulement des mots mais aussi des faits – propose la vérité.

L’importance particulière et explicite de la définition dogmatique est précisément un cas extraordinaire, provoqué la plupart du temps par des motifs tout à fait particuliers et bien précis.

b) De plus, lorsqu’on parle de la nécessité de vérifier le consensus effectif de tous les évêques dispersés dans le monde ou même de tout le peuple chrétien en matière de foi et de morale, on ne doit pas oublier que ce consensus ne peut être compris dans un sens purement synchronique, mais doit être compris dans un sens diachronique. Cela veut dire que le consensus moralement unanime embrasse toutes les époques de l’Église, et c’est seulement si on écoute cette totalité que l’on demeure dans la fidélité aux Apôtres.  » Si quelque part – observe le cardinal Ratzinger dans une étude –, on en venait à former une « majorité » contre la foi de l’Église d’autres temps, ce ne serait absolument pas une majorité  » (2).

Il faut observer par ailleurs que la concorde de l’épiscopat universel en communion avec le Successeur de Pierre, quant au caractère doctrinal et contraignant d’une affirmation ou d’une pratique ecclésiale des temps passés, n’est pas annulée ou relativisée par certains désaccords qui pourraient apparaître à une époque postérieure.

c) Enfin, en ce qui concerne spécialement l’enseignement sur l’ordination sacerdotale qui doit être réservée uniquement aux hommes, il faut rappeler que la Lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis a confirmé que cette doctrine est conservée par la Tradition constante et universelle de l’Église et a été enseignée avec fermeté par le Magistère dans des Documents plus récents (n. 4). Or, on sait que la Tradition est le lieu herméneutique où œuvre et s’exprime sous des formes diverses – parmi lesquelles la persuasion pacifique – la conscience de l’Église quant à la vérité. Dans ce cas spécifique, avec unanimité et stabilité, l’Église n’a jamais pensé que les femmes pourraient recevoir validement l’ordination sacerdotale, et cette même unanimité et stabilité révèlent non pas une décision propre de l’Église, mais son obéissance et sa dépendance à l’égard de la volonté du Christ et des Apôtres. Par conséquent, dans la Tradition universelle en la matière, avec ses traits de stabilité et d’unanimité, on rencontre un enseignement magistériel objectif, définitif et qui lie d’une manière inconditionnelle (3). Le même critère doit aussi être appliqué à d’autres doctrines concernant les normes morales universelles : le meurtre d’un être humain innocent est toujours gravement immoral ; l’adultère ou la calomnie sont toujours un mal… Ces doctrines, bien qu’elles n’aient pas été jusqu’ici déclarées par un jugement solennel appartiennent cependant à la foi de l’Église et sont proposées de manière infaillible par le Magistère ordinaire et universel.

En conclusion, pour que l’on puisse parler de Magistère ordinaire et universel infaillible, on doit exiger que le consensus parmi les évêques ait pour objet un enseignement proposé comme formellement révélé ou comme certainement vrai et incontestable, qui réclame donc de la part des fidèles un assentiment plénier, auquel on ne peut renoncer. On peut partager la requête de la théologie de faire des analyses soignées pour chercher à motiver l’existence de ce consentement ou de cet accord. Mais n’est pas fondée l’interprétation que le contrôle d’un enseignement infaillible du Magistère ordinaire et universel exigerait aussi une formalité particulière dans la déclaration de la doctrine en question. Autrement, on tomberait dans le cas d’espèce de la définition solennelle par le Pape ou le Concile œcuménique (4).

Les clarifications précédentes apparaissent aujourd’hui nécessaires, non pas pour répondre à des questions académiques subtiles et sophistiquées, mais pour repousser une interprétation réductrice et simplificatrice de l’infaillibilité du Magistère, en proposant dans le même temps des principes théologiques corrects pour l’interprétation de la valeur des enseignements magistériels et la qualité des doctrines.

 

II.

En même temps que ces considérations et précisions sous l’aspect doctrinal et théologique, il est opportun de faire aussi certaines réflexions et de donner des orientations sur les remèdes au problème du désaccord public. Il n’est pas possible d’examiner ici dans toute leur ampleur les conséquences d’ordre pastoral et pratique qu’entraîne cette question, mais il est utile de faire le point sur certains aspects fondamentaux qui semblent être à la base et à la racine de ce phénomène. Ce n’est qu’ainsi que l’on pourra éviter de proposer des remèdes purement empiriques et épisodiques.

1. On ne peut négliger une donnée fondamentale, qui apparaît certainement première : la racine véritable et profonde du désaccord, c’est la crise de la foi. Il faut donc s’employer à fortifier la vie de foi, comme dimension prioritaire de l’action pastorale de l’Église. Et ce raffermissement de la foi exige et suppose l’appel à une conversion intérieure toujours plus grande et plus profonde.

2. La crise spirituelle de la foi comporte, comme une de ses premières conséquences, la crise de l’autorité du Magistère, qui est une crise portant sur l’autorité de l’Église fondée sur la volonté divine. On oppose de manière artificielle l’autorité et la liberté, les détachant de la question de la vérité.

3. Il semble donc que l’on doive trouver le tout premier remède dans l’effort en faveur d’une formation spirituelle, doctrinale, intellectuelle, sérieuse et conforme à l’enseignement de l’Église. À cet égard, on peut mettre en évidence certains éléments importants :

a) Tout d’abord la nécessité d’une formation théologique organique et systématique. La spécialisation croissante de la théologie tend à une fragmentation de cette dernière, jusqu’à faire de la théologie une collection de théologies. L’unité organique de la théologie risque de ne pas être sauvegardée et, tandis qu’augmentent les informations sur des détails, on perd la vision unificatrice fondamentale. De la même manière, il faut insister sur la responsabilité des évêques dans la catéchèse, qui doit renforcer le sens de la foi et de l’appartenance à l’Église.

b) La nécessité d’une saine formation philosophique, qui doit absolument comporter la quête métaphysique, dont on ressent aujourd’hui en divers centres d’étude un manque préoccupant.

c) La nécessité de rééquilibrer l’exigence de sauvegarder le droit de l’individu et l’exigence de conserver et de protéger le droit de la communauté et du Peuple de Dieu à la vraie foi et au bien commun. Je voudrais attirer l’attention sur le fait que la vraie tension n’est pas entre la défense du droit de chacun et la défense du droit de la communauté, mais entre ceux qui défendent le droit des plus forts et des plus puissants culturellement, et le droit de ceux qui sont plus faibles et sans défense devant des tendances anti-ecclésiales corrosives.

d) L’urgence de former une opinion publique ecclésiale conforme à l’identité catholique, libre de toute sujétion à l’égard de l’opinion publique laïciste qui se reflète dans les médias. Par ailleurs, l’ouverture aux problèmes du monde doit être bien comprise : elle se fonde sur le dynamisme missionnaire de faire connaître à tous la révélation du Christ et de conduire tous les hommes au mystère du Christ.

4. Du point de vie disciplinaire, il apparaît tout à fait opportun de rappeler que les évêques sont tenus d’appliquer effectivement la discipline normative de l’Église, spécialement quand il s’agit de défendre l’intégrité de l’enseignement de la vérité divine. Ceci dans le contexte d’une reprise et d’une forte proposition nouvelle du message chrétien et de la vie spirituelle, selon une évangélisation renouvelée. Du reste, il n’est pas superflu de mettre en relief, surtout en ce moment actuel de l’Église où l’on semble quelque peu réticent à envisager dans leur juste perspective le droit et la loi canonique, que l’observance et l’application de la discipline ecclésiastique ne sont pas en opposition et ne font pas obstacle à la vraie liberté et à l’obéissance à l’Esprit, mais sont des instruments indispensables pour que la communion dans la vérité et la charité soit effective et ordonnée.

L’application des normes canoniques apparaît donc être une protection concrète en faveur des croyants contre les falsifications de la doctrine révélée et contre l’affaiblissement de la foi provoqué par cet  » esprit du monde  » qui prétend se présenter comme la voix de l’Esprit Saint.

Dans ce contexte, il semble qu’il soit très important de rappeler aussi le Serment de fidélité, publié en 1989 (DC 1989, n° 1962, p. 378-379 ; traduction française officielle : DC 1991, n° 2033, p. 757) à l’occasion de l’entrée en vigueur de la Formule de la profession de foi, qui exprime l’engagement public de bien exercer la fonction confiée, devant l’Église et devant les institutions et les personnes pour lesquelles elle est assumée. Le Serment de fidélité, tout comme plus généralement l’observation de la discipline canonique, exprime précisément l’unité organique qui existe entre l’action et le gouvernement, et la fidélité à l’égard de la profession de la foi et de la vérité chrétienne. Ainsi sont garantis par le Droit le sens de l’identité et l’appartenance à l’Église : il empêche de supposer que l’on appartient à une Église fantomatique, construite seulement à notre propre mesure, mais bien à l’Église de la succession apostolique, de la Parole écrite et transmise avec autorité, des sacrements visibles et de la communion catholique.

En conclusion, les paroles du discours que Jean-Paul II adressa aux membres de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, à la fin de leur réunion plénière de 1995 (DC 1996, n° 2129, p. 14-16), sont toujours éclairantes. À propos du rapport entre Magistère et théologiens, le Pape déclarait :  » Le dialogue constant avec les Pasteurs et les théologiens du monde entier vous permet d’être attentifs aux exigences de compréhension et d’approfondissement de la Doctrine de la foi, dont la théologie se fait l’interprète et, en même temps, il vous éclaire sur les initiatives utiles pour encourager et renforcer l’unité de la foi et le rôle de guide du Magistère dans l’intelligence de la vérité et la construction de la communion ecclésiale dans la charité.

L’unité de la foi, en fonction de laquelle le Magistère possède l’autorité et le pouvoir délibératif ultime dans l’interprétation de la Parole de Dieu écrite et transmise, est une valeur primordiale qui, si elle est respectée, n’entraîne pas l’asphyxie de la recherche théologique, mais lui confère un fondement stable. Par sa fonction, qui est d’expliciter le contenu intelligible de la foi, la théologie exprime l’orientation intrinsèque de l’intelligence humaine vers la vérité et l’exigence irrésistible du croyant d’explorer rationnellement le mystère révélé.

Pour atteindre ce but, la théologie ne peut jamais se réduire à la réflexion « privée » d’un théologien ou d’un groupe de théologiens. Le milieu vital du théologien, c’est l’Église, et la théologie, pour demeurer fidèle à son identité, ne peut se passer de participer intimement à la trame de la vie de l’Église, de sa doctrine, de sa sainteté, de sa prière.

Dans ce contexte, la conviction que la théologie a besoin de la parole vivante et clarificatrice du Magistère apparaît pleinement compréhensible et en parfaite cohérence avec la logique de la foi chrétienne. La signification du Magistère dans l’Église doit être envisagée par rapport à la vérité de la doctrine chrétienne. C’est ce que votre Congrégation a bien exposé et précisé dans l’Instruction Donum veritatis (DC 1990, n° 2010, p. 693-701), à propos de la vocation ecclésiale du théologien « .

Et à propos du lien existant entre autorité et vérité, entre exercice de l’autorité et proclamation de la vérité salvifique, le Pape avertit :  » Le Magistère, dont l’autorité est exercée au nom de Jésus (cf. Dei Verbum, 10), n’est pas quelque chose d’indépendant ou d’externe à l’égard de la vérité, mais un organe à son service, et même une expression concrète de participation à la transmission de la vérité chrétienne elle-même dans l’histoire « .

 

Tarcisio BERTONE,

Archevêque émérite de Vercelli,

Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la foi

 

(1) J. Ratzinger, Il nuovo popolo di Dio, Brescia 1971 p. 180.

(2) J. Ratzinger, La Chiesa, Milan 1991, p. 71.

(3) Dans le passé et jusqu’à ces dernières décennies, les théologiens et les canonistes qui traitèrent le problème ont été unanimes pour considérer l’exclusion des femmes de l’admission au sacerdoce ministériel comme quelque chose d’absolu et qui était fondé sur la divine Tradition apostolique. Voir par exemple ce que Gasparri affirmait dans son Tractatus canonicus de sacra ordinatione (t. I, Paris 1893, p. 75) :  » Et quidem prohibentur sub poena nullitatis : ita enim traditio et communis doctorum catholicorum doctrina interpretata est legem Apostoli : et ideo Patres inter haereses recensent doctrinam qua sacerdotalis dignitas et officium mulieribus tribuitur « .

(4) J. Kleutgen, dans son commentaire du second schéma sur l’Église proposé au Concile Vatican I, définit les doctrines du Magistère ordinaire infaillible comme étant celles qui  » sont estimées ou transmises comme incontestables  » (tamquam indubitata tenentur vel traduntur).

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Source :
> Congrégation pour le Clergé – Bibliothèque de théologie [textearchivetexte]
> A propos de la réception des documents du Magistère et du désaccord public [archive]

Chant grégorien: partitions, traductions, enregistrements, calendriers, et ressources diverses

Nous vous proposons ici un petit annuaire de ressources gratuites en ligne pour la pratique du chant grégorien, principalement les textes, les partitions, des traductions et des enregistrements. Si vous avez connaissance de ressources qui ne sont pas reprises ici, nous vous serions reconnaissants de nous en faire part en commentaire.
 
Gregorian Chant Hymns
PARTITIONS – TRADUCTIONS – AUDIOS – Resources to promote learning of Gregorian chant
Ce site développé par la Schola Sainte-Scholastique de Londres met à la libre disposition du public, pour un usage non commercial, des partitions, des traductions en anglais, et des enregistrements à télécharger gratuitement ou à écouter directement sur le site, afin d’inviter et aider les utilisateurs à apprendre le chant grégorien. Il présente une table alphabétique des hymnes, plusieurs livrets pour la Messe et les Bénédictions du Saint-Sacrement pour l’ancienne et la nouvelle liturgie, des livrets pour l’Office divin, et un guide sur la notation grégorienne et la prononciation latine.
 
Chant grégorien
CALENDRIER – PARTITIONS – TRADUCTIONS – AUDIOS – Calendrier liturgique perpétuel
Il s’agit d’un calendrier liturgique perpétuel pour la liturgie traditionnelle assorti des textes et traductions des pièces grégoriennes de chaque jour et de quelques enregistrements à écouter en ligne. Pour accéder à ces ressources, il faut sélectionner la date recherchée sur le calendrier affiché, de préférence les dates affichées en rouges qui sont les plus importantes et les plus complètes, et la liste des ressources disponibles pour cette date s’affiche automatiquement sous le calendrier. On clique alors sur le titre d’une pièce grégorienne pour en voir le texte et la traduction, sur l’icône rouge et noire représentant une notation carrée pour afficher la partition sous le texte et la traduction, et s’il apparaît, sur le bouton vert à triangle blanc pour écouter l’enregistrement de la pièce grégorienne chantée. Pour accéder aux pièces grégoriennes d’une Messe de mariage, d’une Messe de requiem ou d’autres Messes votives, il faut sélectionner la date recherchée sur le calendrier puis cliquer sur le nom de la Messe votive dans le menu de droite: la liste des ressources disponibles s’affiche alors sous le calendrier.
 
Grégorien en Paroisse
CALENDRIER – AUDIOS – PARTITIONS – TRADUCTIONS – Chanter le grégorien en paroisse
Le site Grégorien en Paroisse a été créé par des choeurs grégoriens français pour promouvoir la pratique du chant grégorien dans les paroisses où l’on célèbre la liturgie selon la forme ordinaire moderne. Le menu principal en haut de la page permet d’accéder aux différents temps liturgiques. Une fois le temps liturgique sélectionné, les liens et les numéros de pages disposés tout en bas de la page permettent de choisir un jour particulier. Les enregistrements des pièces grégoriennes du jour s’affichent pour une écoute en ligne. Il est également possible de les télécharger en faisant un clic droit sur le lecteur puis en sélectionnant « enregistrer le fichier audio sous ». Sous le lecteur de chaque enregistrement se trouve un lien (« ici>>> ») qui donne accès à la partition et à la traduction française de la pièce grégorienne. Un catalogue de livrets liturgiques à télécharger est également mis à disposition.

Stephan George
VIDÉOS – PARTITIONS – Les vidéos de Stephan George
Stephan George a réalisé 260 vidéos dans lesquelles la notation grégorienne qui défile à l’écran est synchronisée avec l’enregistrement du chant. Les références des enregistrement sont données dans la description de chaque vidéo.

Internet Archive
PARTITIONS – Liber Usualis 1961
Le Liber Usualis de 1961 édité par les Bénédictins de Solesmes, avec introduction et rubriques en anglais, 2340 pages, avec table des matières en début de volume, et en fin de volume, table alphabétique des chants, table alphabétique pour les bénédictions, table alphabétique des fêtes, supplément pour certaines congrégations religieuses, fêtes propres pour les diocèses des États-Unis, et tables alphabétiques des chants et des fêtes propres pour les diocèses des États-Unis.
PARTITIONS – Liber Usualis Missae et Officii pro dominicis et festis duplicibus cum canto gregoriano
Liber Usualis numéro 567 de 1903, Editio Solesmensis, édition universelle entièrement en latin, 1286 pages, avec table générale et tables thématiques en fin de volume.
PARTITIONS – Libri antiphonarii complementum pro laudibus et horis officii romani
Liber Antiphonarium juxta ritum romanum pro laudibus et horis minoribus de 1891, Solesmis, édition universelle en latin, 556 pages, avec table des matières, table alphabétique des fêtes et table alphabétique des chants en fin de volume.
PARTITIONS – A manual of Gregorian chant compiled from the Solesmes books and from ancient manuscripts
A manual of Gregorian chant, par Dom Paul Delatte, Abbé de Solesmes, 1903, 456 pages, avec table des matières, introduction à la notation et au rythme du chant grégorien, l’ordinaire de la Messe avec paraphrases ou traductions en anglais reprises de celles de Dom Guéranger, chants en notation grégorienne, et table alphabétique des chants.
PARTITIONS – Graduel romain contenant les messes, les processions, les bénédictions et les obsèques
Graduel romain de 1871 pour le diocèse de Québec, 642 pages, avec table des matières en fin de volume.
MANUEL – Méthode complète de chant grégorien d’après les principes de l’École de Solesmes [réédité en anglais en 2009]
MANUEL – Méthode pratique de chant grégorien selon les principes de l’édition Vaticane – 1922 [1919]
Ces manuels sont à consulter éventuellement à titre complémentaire pour les personnes qui ont déjà une pratique régulière et une formation en chant grégorien. Essayer d’apprendre le chant grégorien avec ces manuels risquerait de s’avérer rébarbatif et peu fructueux. Il vaut mieux suivre un cours, ou intégrer une schola grégorienne, ou encore prendre contact avec une paroisse ou un monastère pratiquant le chant grégorien.

Sancta Missa
PARTITIONS – TRADUCTIONS – AUDIOS – Sancta Missa chant grégorien
Dans la section consacrée à la musique sacrée sur leur site liturgique, les chanoines réguliers de Saint-Jean-de-Kenty offrent un recueil de livres et documents numériques de chant grégorien, comprenant notamment une sélection de chants avec notations grégoriennes et traductions en anglais, et un inventaire de pièces grégoriennes pour toute l’année liturgique avec partitions et enregistrements, actuellement accessible seulement par la page anglophone.
 
Académie de chant grégorien
TEXTES – TRADUCTIONS – PARTITIONS – Répertoire grégorien
Le Répertoire de l’Académie de chant grégorien propose des textes et plusieurs traductions françaises de pièces grégoriennes présentées par ordre alphabétique des titres ou incipit, des genres, ou des livres de la Bible, ainsi que des partitions présentées par ordre alphabétique des titres ou des genres : les partitions sont accessibles à travers les liens en bleu dans la colonne de droite.
 
Christus Rex et Redemptor Mundi
PARTITIONS – AUDIOS – Christus Rex chant grégorien
La page de chant grégorien sur Christus Rex et Redemptor Mundi existe en anglais, en espagnol, en français, en portugais, en italien et en latin. Elle rassemble des enregistrements de chant grégorien à télécharger gratuitement ou à écouter en ligne, accompagnés des partitions correspondantes.
 
Schola Saint-Maur
PARTITIONS – Ressources pour les partitions de chant grégorien
Dans un article publié en 2009, la schola Saint-Maur fait un inventaire des ressources disponibles pour les partitions de chant grégorien et donne des explications utiles pour s’y retrouver. Les ressources techniques peuvent être intéressantes aussi.

Institute of Christ the King Sovereign Priest
PARTITIONS – CALENDRIER – Sacred Music Library of Gregorian Chant Propers

Gregorian books
PARTITIONS – AUDIOS – VIDEOS – Pieces with comments and recordings from various sources

L’Office divin du Barroux
AUDIOS – TEXTES – Barroux chant
La page Barroux chant contient les enregistrements des offices monastiques diffusés en direct sur le site internet de l’Abbaye Sainte-Madeleine du Barroux. L’on peut sélectionner une date sur la barre de navigation tout en haut de la page. Pour télécharger un office, on clique sur le bouton vert. Pour écouter un office, on clique sur le bouton bleu, et le cadre qui apparaît permet de consulter le texte de l’office et sa traduction en anglais, en italien, en allemand, en polonais, en magyar, ou en français sur le site de l’abbaye. Depuis le mois de mars 2016, le site de l’abbaye propose également une écoute des offices en différé, ce qui n’était pas encore le cas au moment où la page Barroux chant a été mise au point par un étudiant de Californie, en juillet 2012.
 
Gregoriani Cantus
PARTITIONS – LOGICIELS – MANUELS – Festa Dies & Joseph Pothier
La fonte de caractères Festa Dies est une fonte typographique « true type » conçue pour être utilisée avec des éditeurs de texte du type « Microsoft Word » ou « Open Office ». Gregoriani Cantus présente aussi d’autres fontes numériques, un éditeur de partitions de chant grégorien, une liste de documents numériques sur l’accompagnement à l’orgue, un manuel en espagnol des rites à observer pour le chant de la Messe, et une série d’outils pour apprendre le chant grégorien.
 
Selapa
LOGICIELS – PARTITIONS – Chant grégorien : Ressources numériques
La page de ressources de chant grégorien de Selapa rassemble une liste de logiciels d’édition de partitions et de polices de caractères, suivie d’une liste de liens.
 
Dom Prosper Guéranger
LIVRES – Dom Guéranger
En tant que chant propre de la liturgique catholique romaine, le chant grégorien ne peut être convenablement mis en œuvre que dans un état d’esprit catholique et liturgique authentiques. Pour s’en imprégner, rien de tel que de consulter les ouvrages de la référence reconnue par tous en matière liturgique, Dom Prosper Guéranger osb, restaurateur de la vie contemplative en France et de la liturgie romaine, avec l’approbation et la reconnaissance de tous les papes qui se sont intéressés de près à la liturgie depuis son contemporain Pie IX. Tandis que les volumes de L’Année Liturgique, nourriture spirituelle quotidienne de Saint Louis Martin, ont été rédigés pour soutenir la piété liturgique des fidèles, ce sont principalement les quatre volumes des Institutions Liturgiques qui permettent de s’imprégner de la culture liturgique léguée par Dom Guéranger. Ils sont disponibles au format pdf sur Liberius, au format texte dans la bibliothèque numérique de l’Abbaye Saint-Benoît de Port-Valais, et en livre papier aux éditions Ignis Caritatis. Le prix et la qualité de cette réimpression de l’édition de 1878 nous ont paru tout-à-fait satisfaisants.
 

Ressources complémentaires

 
Les pages référencées ci-dessous contiennent des ressources pour le chant grégorien, mais également pour d’autres répertoires, qui parfois y ressemblent. Les ressources reprises sur ces pages ne sont donc pas toutes des ressources de chant grégorien. Nous invitons les utilisateurs à faire eux-mêmes le tri et à évaluer la valeur de ces ressources s’ils ont les connaissances pour le faire.
 
Preces Latinae
TEXTES – TRADUCTIONS – Thesaurus Precum Latinarum
Tous les textes sont présentés accompagnés de leur traduction en anglais. On pourra trouver une table des matières, une table alphabétique des titres, une introduction sur les raisons de l’importance du latin, un guide de prononciation du latin, des hymnes, des cantiques, des psaumes, et des dévotions au Saint-Sacrement.
 
Sacra Musica Musique Liturgique
AUDIOS – PARTITIONS – CALENDRIER – Zoom sur la musique liturgique : Grégorien
L’association Sacra Musica met à disposition du public une collection numérique d’enregistrements et de répétitions de chant grégorien pour toute l’année liturgique selon la liturgie tridentine. Une fois le jour sélectionné, on navigue entre les enregistrements à l’aide du menu situé juste à droite du lecteur audio. Une base de partitions à télécharger est également disponible. Sacra Musica fait aussi la promotion de la polyphonie sacrée.
 
Corpus Christi Watershed
PARTITIONS – AUDIOS – VIDEOS – CALENDRIERS – Music for the Liturgy
Cette page consacrée à la musique liturgique propose un catalogue de ressources électroniques pour le chant liturgique et pour les chants de dévotion catholiques, un recueil de fichiers de chant grégorien pour la liturgie moderne ordinaire, un recueil de fichiers pour le kyriale de la liturgie traditionnelle, un recueil de fichiers pour le propre grégorien de la liturgie traditionnelle, des vidéos de chant, une bibliothèque électronique de livres de chant grégorien et de chants de dévotion, un cours de chant grégorien en ligne, et un cours sur le rythme grégorien et sur l’histoire du différend entre Dom Pothier et Dom Mocquereau à ce sujet.
CC Watershed a aussi réalisé une très bonne vidéo didactique intitulée : «Musique sacrée et musique profane : percevez-vous la différence ?»
 
Church Music Association of America
PARTITIONS – Musica Sacra
L’association américaine de musique d’église a mis en ligne gratuitement un catalogue général de documents numériques, un recueil de documents numériques de chant grégorien et de chant choral latin, une bibliothèque électronique de chant liturgique, des extraits de conférences de Dom Pothier et de Dom Mocquereau avec enregistrements originaux en français, et un inventaire de ressources électroniques gratuites pour le chant d’église.
 
Schola Sainte-Cécile
PARTITIONS – CALENDRIER – Archives des programmes de messe de Saint-Eugène
Dans son catalogue de sources liturgiques, la schola Sainte-Cécile donne accès aux archives de ses carnets de messe avec textes, traductions et partitions, classées par dates et par temps liturgiques.
 
Chorale Polyphonique de la Paroisse Saint Nicolas
CALENDRIER – AUDIOS – PARTITIONS – Choeur Saint-Nicolas du Chardonnet
Le choeur Saint-Nicolas a mis en ligne une collection d’enregistrements et de partitions du kyriale et un calendrier du propre grégorien de l’année liturgique pour la liturgie traditionnelle. Pour accéder aux partitions et enregistrements du propre grégorien, il faut cliquer dans le cadre gris sous la mention « sélectionnez une date », choisir la date d’un dimanche ou d’une grande fête, puis cliquer sur « chercher ». Les partitions apparaissent sous le cadre de recherche, accompagnées des enregistrements correspondants.
 

Acheter les livres papier et d’autres ressources

 
Una Voce
L’association Una Voce propose une liste d’ouvrages recommandés avec les références des vendeurs. L’on peut également se procurer diverses ressources sur la boutique en ligne d’Una Voce.
 
Richard Lee
PARTITIONS – Gregorian Missal
Le directeur de la Gregorian Schola de la Paroisse Saint-Joseph, Richard Lee, professeur à l’Université d’Arkansas, présente une description du Missel grégorien de 1990 en le comparant avec le Liber usualis de 1952, et fournit quelques liens utiles pour l’achat de ces livres neufs.
 
Abbaye du Barroux
PARTITIONS – MANUEL Boutique en ligne du Barroux
La boutique en ligne de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux vend une nouvelle édition corrigée et mise à jour du Paroissien romain n° 804 pour 55 euros avec une concordance pour la forme ordinaire, une réédition du Paroissien romain ou Liber usualis (le fameux “800”, ici précisément le n° 780) de 1962 pour 80 euros, un riche manuel des chants de toute l’année liturgique pour les fidèles et les chorales, Magnificat Dominum, pour 35 euros, et les chants liturgiques de la Passion du Christ en 3 fascicules pour les chantres pour 115 euros ou en un seul volume pour 85 euros, un recueil de chants grégoriens et de chants religieux latins et français, Cantate Domino, pour 11 euros, et un manuel d’initiation pour tous ceux qui découvrent le chant grégorien et veulent le pratiquer, Laus in Ecclesia, pour 28 euros.

Art contemporain : « En France, c’est l’État qui dirige la création » et cause sa chute

Entretien avec Aude de Kerros sur le marché de l’art contemporain et les dérives de l’État culturel.

À l’occasion de la sortie de son dernier livre L’imposture de l’art contemporain, Contrepoints a rencontré Aude de Kerros. Aude de Kerros est graveuse, artiste peintre et l’auteur de plusieurs essais sur l’art et la culture. Pierre-Louis Gourdoux a dirigé cet entretien.

Il s’agit de votre troisième livre sur le thème de l’art contemporain. Livre dans lequel vous fournissez une explication précise des mécanismes à la fois culturels, politiques et financiers qui ont engendré un système de création de la valeur inédit ainsi que des applications et utilités qui n’ont plus grand-chose à voir avec ce qui était considéré communément comme de l’art..

Votre livre est le fruit d’une longue analyse. Quel en a été le point de départ ?

En lisant le journal, en 1994, j’apprends qu’une œuvre de Jasper Johns reproduisant le drapeau américain vient d’être vendue pour une somme hors normes. Je n’avais jamais entendu parler de cet artiste américain. J’ai  constaté que la somme atteinte par ce petit format de la « bannière étoilée » était cinq fois plus élevée que le prix de vente d’un château de la Renaissance, historique et orné de fresques du Primatice acquis au même moment en France.

Je ne comprenais pas comment un tel événement avait pu se produire si brutalement et je me sentais manipulée de ce fait. En effet, le marché financier et le marché de l’art avaient connu un krach historique trois ans plus tôt, les cotes, tant celles de l’art que de l’AC1, étaient au plus bas et l’ambiance fort peu spéculative.

Je me posais donc la question : comment se fabrique la valeur d’un produit d’Art contemporain sans valeur intrinsèque et ne répondant pas à des critères esthétiques ?

Comment avez-vous obtenu les informations que vous recherchiez ?

On trouve beaucoup de faits dans la presse. La difficulté consiste à faire des liens entre eux et à comprendre le fonctionnement. Passé l’an 2000, l’accès à de multiples sources sur Internet a permis de comparer l’information disponible et d’avoir un coup d’œil international. Les journaux anglophones sont plus factuels et intéressants à cet égard. Les journaux français favorisent plutôt l’interprétation, ce qui occulte parfois les données. Enfin, Artprice, source majeure depuis sept ans, pratique depuis un an l’information en continu sur le marché de l’art mondial. Ce n’est pas sans calcul… mais grâce à cela beaucoup de choses deviennent de plus en plus compréhensibles.

En France, l’État dirige la création, et l’accès à l’information dans le domaine de l’art est problématique. Depuis vingt ans, des artistes comme Fred Forrest réclament aux autorités publiques de publier les chiffres relatifs aux achats publics d’œuvres contemporaines ainsi que les critères ayant présidé à la commande publique. Fort des règles de droit public, Fred Forest a fait un procès à Beaubourg, en raison de son refus de donner le prix d’achat d’une œuvre entrée dans ses collections ; il a gagné le procès en instance et perdu en appel. Ses juges ont créé une jurisprudence : les achats d’art échappent à l’application du droit qui régit les marchés publics. C’est ainsi que cette jurisprudence a confirmé le droit au secret autour des transactions de l’État sur l’art. De même, le statut du corps des Inspecteurs de la Création, créé par Jack Lang en 1983, est aussi une exception administrative : ces fonctionnaires ne sont pas astreints à fournir arguments, critères et justifications concernant leurs choix artistiques. Ils n’ont aucun compte à rendre de l’argent public qu’ils utilisent au contribuable. Les ressorts et les pratiques de la vie artistique en France demeurent dans l’ombre.

Comment s’est opérée l’éviction des artistes non conceptuels sur la scène française ?

C’est en effet un problème spécifiquement français, lié en grande partie à l’intervention massive de l’État dans le domaine de la création. De 1983 à nos jours, les inspecteurs de la création ont fait le choix d’un seul courant artistique, le conceptualisme, et ont exclu tous les autres pour cause de « non – contemporanéité ». Ils appartiennent à un archéo-courant intellectuel très présent dans le fonctionnariat d’art et l’Université française qui croit religieusement au sens déterminé de l’histoire.

Après la chute du marché de l’art en 1990, l’État est devenu l’unique filière de consécration en France. La Direction des Arts Plastiques a pu créer grâce à une politique de subventions, de reconnaissance et de faveurs, un réseau unissant associations, mécènes, collectionneurs, critiques d’art, presse et galeries amies. Ainsi l’intervention massive de l’État et son réseau a tué la concurrence, c’est-à-dire galeries et filières de consécration défendant les artistes non labélisés par la rue de Valois. Le marché n’étant plus florissant comme lors des années 1980, leurs moyens financiers ont décliné et la visibilité des courants non officiels a disparu des médias.

Cette concurrence déloyale de l’État est spécifique à la France. Dans l’international on constate une diversité. Dans la plupart des pays existent, simultanément, le très haut marché international de l’AC conceptuel et des marchés plus enracinés, moins financiarisés aux courants multiples, soutenus par des amateurs plus passionnés que spéculateurs.

C’est un fait : l’effondrement momentané du marché, en 1990, a favorisé l’apparition d’un art officiel rigoureux en France. Sa légitimité, qu’il est interdit de contester sous peine de passer pour un fasciste, vient de la théorisation ce cet art présenté non seulement comme seul « contemporain », mais aussi  comme seul moralement acceptable.

Le discours officiel est élaboré et enseigné par le clergé universitaire. Les facultés qui forment à la Licence d’Art plastique et les Écoles des Beaux Arts sont les lieux privilégiés de son apprentissage, couronné par des diplômes. L’enseignement de la doxa est au centre de la formation artistique. Qui plus est, artistes, inspecteurs, médiateurs, journalistes, critiques, curateurs et commissaires suivent pour ainsi dire la même formation. Ils forment un milieu homogène, fermé, soudé par une doctrine.

Que l’État n’achète plus les œuvres non conceptuelles, c’est une chose, mais pourquoi  les artistes non officiels n’ont-ils pu continuer à vivre des achats et dons privés ?

Acteur dominant dans le domaine de la création, l’État a formé un réseau unique de consécration. Il a satellisé mécènes, médias, galeries, collectionneurs de son choix et formé, de fait, une entente et un  trust.

Au bout de 33 ans de ce système, même dans les campagnes les plus reculées de France, tous les lieux de visibilité et de légitimité du prestigieux patrimoine ont été progressivement réservés aux officiels. Les artistes autonomes n’y ont plus accès alors même que les galeries privées connaissent une grande crise. Quant aux journalistes des grands médias, dont l’intervention est absolument nécessaire pour acquérir une notoriété, il n’est plus question pour eux d’aller à la découverte. Sollicités par leurs journaux qui dépendent de leurs annonceurs, choyés par le Ministère de la Culture et de la Communication, ils s’alignent sur le jugement des inspecteurs. Un journaliste ne se déplace plus sans jeter un coup d’œil préalable sur le carton d’invitation. Il vérifie la présence des logos de rigueur : celui du Ministère, ceux des grands groupes mécènes et l’indéfectible patronage d’un grand média prescripteur. Selon leur accumulation prestigieuse, il peut anticiper la qualité du champagne et le prestige des invités qu’il aura ainsi l’occasion de  rencontrer !

En 1993, les galeries de peinture les plus prestigieuses de Paris, qui faisaient référence dans l’International, ont été au exclues de la FIAC avec l’accord des institutions. C’est ainsi que les filaires de consécration alternatives de reconnaissance, de légitimation ont disparu. Depuis le marché privé de l’art en France n’a cessé de s’affaiblir.

Comment s’est traduite l’action des inspecteurs ?

En 1983, quand Jack Lang crée les  « inspecteurs de la création », il les coopte  hors du circuit de la fonction publique et du corps fort savant des conservateurs, jugé incompétent pour juger de l’AC. On cite toujours comme exemple, l’après-midi « historique » pendant lequel ont été nommés 23 très jeunes fans de l’AC pour diriger les 23 FRACs tout juste créés. Ils se virent confier la responsabilité de dire ce qui est de l’art et ne l’est pas, sans débat ni contradiction ni justification de leur part. Leur statut fut précisé par décret en 1993. Un  concours fut prévu. Quoi qu’il en soit depuis plus de trois décennies, ils sont choisis selon un profil idéologique très homogène. Leurs carrières se déroulent dès lors sur quatre décennies…  On imagine combien un tel système peut devenir stérilisant pour la création  d’un pays tant il est défendu par le secret, l’entre-soi et l’arbitraire institutionnalisés.

Nous savons aujourd’hui que ces inspecteurs ont dépensé chaque année plus de la moitié (60% environ), du budget attribué aux achats d’œuvres à des artistes vivants, dans les galeries new-yorkaises.

Ainsi ils ont contribué à couler la place de Paris en faveur de celle de New York. Ils ont offert sans contrepartie la légitimité et l’aura française, l’inaliénabilité des collections françaises de Beaubourg, des FRACS et du CNAC qui n’est pas d’usage en Amérique.

Malgré le travail acharné des inspecteurs et leurs subventions le résultat est là : depuis plus de trois décennies les artistes vivant et travaillant en France, officiels ou non, ne sont pas apparus sur la scène internationale, n’ont pas été consacrés par le haut marché de New York.

Pourquoi favoriser les artistes étrangers ? Quel pouvait être le bénéfice politique de cette décision ?

L’Amérique a bien reçu et bien traité les jeunes et fringants inspecteurs. Ils y ont pris goût à New York et se sont laissés convaincre que « Paris is has been ».

On peut remarquer au passage l’asymétrie des relations artistiques entre la France et l’Amérique.  Elle est d’ailleurs calculée et faite pour que les « missi dominici » de la rue de Valois se déplacent et achètent à New York. En effet, les collectionneurs américains, depuis les années 1960, ne viennent plus à Paris acquérir de l’art et aucune galerie newyorkaise importante n’a de succursale à Paris.

Il faudra attendre 2009 et un changement de stratégie du haut marché de l’AC pour qu’elles s’installent à Paris. À partir de cette date, la capitale française est considérée comme un « show case » des œuvres en cours de cotation. Les grands collectionneurs instrumentalisent le grand patrimoine français à cet effet

Pourquoi cette politique a-t-elle perduré, malgré les changements de ministre et de majorité ?

Il s’est créé au sein du Ministère de la culture une sorte « d’État profond ». Les majorités changent, les ministres passent, la continuité des carrières administratives demeure. Il est admis rue de Valois que les ministres aient une marge de manœuvre réduite, en particulier dans le domaine de la création contemporaine. Les mots d’ordre de l’Élysée ont peu de poids. C’est ainsi.

Pendant un siècle, de 1880 à 1983, de Jules Ferry à Jack Lang, l’État s’est volontairement retiré de toute gouvernance de l’art. La France a connu alors un immense rayonnement parce que tous les courants de l’art y étaient présents et se côtoyaient librement.  Après 1983, en l’espace de quelques mois, la légitimité et la référence artistique est devenue une affaire d’État. Très rapidement la France a perdu son rayonnement international. La première génération d’inspecteurs de l’art a aujourd’hui plus de trente années de service et tant de secrets à garder !

Depuis peu cependant, leur pouvoir s’effrite. En effet, les budgets se réduisent, les charges augmentent, le nombre d’artistes officiels croît de jour en jour. Ce sont deux générations d’artistes qu’il faut porter à bout de bras jusqu’à la tombe ! Ils réclament la rétribution de leur travail d’utilité sociale, leur fonction de transgression institutionnelle et bienfaitrice, et surtout leur capacité à  créer de l’activité économique !

Pour résoudre cette insupportable pression, les inspecteurs se tournent vers l’argent privé du mécénat. Les mécènes français ont l’avantage d’être respectueux et soumis devant l’inspecteur mais leurs moyens sont modestes. Pinaud et Arnaud quant à eux imposent leurs conditions et les convoquent. Enfin, ils sont pleins de déférence vis-à-vis des collectionneurs globalisés. Ceux-ci veulent le Louvre, Versailles, le grand patrimoine, imposent concepts, caprices et agences de communication. Voilà donc nos inspecteurs transformés en hôtesses d’accueil. Ils courent dérouler le tapis rouge à Roissy, les décorent de la Légion d’honneur sous les lambris de la République, avec presse, champagne et petits fours.

Ils ne sont plus les seuls décisionnaires de ce qui est de l’art ou ne l’est pas…  même les artistes officiels souffrent, sans évoquer des artistes hors système, soit 90% d’entre eux ! Le doute s’insinue. Pour la première fois en 2015, lors de la FIAC, la presse s’est faite moins élogieuse que d’habitude. Les titres tournaient autour d’une seule question : « mais où sont les artistes français ? La grande presse ne peut plus faire semblant d’ignorer le malaise de ses lecteurs. On ne la lirait plus.

Depuis que vous avez commencé, avec d’autres, à dénoncer les pratiques publiques et le « financial art », avez-vous perçu une évolution ?

Nous avons commencé il y a plus de vingt ans par un samizdat de photocopies, informel, entre amis. Nous partagions ainsi nos réflexions et observations. À partir de 2004 environ, l’appli Photoshop sur Internet a amené les plasticiens à beaucoup utiliser Internet et notre travail d’histoire et de décryptage du mystérieux système français a pu ainsi beaucoup circuler sur Internet. Comprendre la très complexe et subtile aliénation subie tout particulièrement par les artistes a été, pour beaucoup, une libération intérieure.

 
  1. AC : acronyme de « Art contemporain » qui désigne uniquement le courant conceptuel et non pas tout l’art d’aujourd’hui comme l’expression pourrait le laisser entendre.

 

Source : Pierre-Louis Gourdoux pour Contrepoints – 1 avril 2016