Saint Bernard : Sermon pour le Jeudi Saint

[…] « celui qui sort du bain n’a besoin que de se laver les pieds (Ibid. 1,0). » Effectivement, celui qui n’a plus de péchés mortels, est comme s’il sortait, du bain, sa tête, c’est-à-dire ses intentions, et ses mains, c’est-à-dire ses oeuvres, et sa vie tout entière, sont pures; mais ses pieds, qui sont les affections de l’âme, tant que nous marchons sur la poussière de cette vie, ne peuvent pas être complètement exempts de toute souillure; il est impossible que l’esprit ne se laisse pas quelquefois aller au moins à de fugitifs sentiments de vanité, de sensualité ou de curiosité, un peu plus qu’il ne faut; car, « nous faisons tous beaucoup de fautes (Jac. III, 2). »

5. Toutefois, que nul de nous ne méprise, ne regarde comme peu de chose ces sortes de fautes, car il est impossible d’être sauvé avec ces péchés-là, impossible même de les effacer, sinon par Jésus-Christ et en vertu de ses mérites. Non, je le répète, que nul, parmi, nous, ne s’endorme dans une fâcheuse sécurité, et ne se laisse aller à des paroles de malice, en cherchant à s’excuser de ces sortes de fautes (Psal. CXL, 4); car, comme il a été dit à saint Pierre par le Sauveur en personne, s’il ne les lave lui-même, nous n’aurons point de part avec lui. Toutefois, il ne faut pas non plus que nous nous en préoccupions à l’excès, car il nous est facile d’en obtenir le pardon de Dieu, qui ne demande pas mieux que de nous l’accorder; il suffit pour cela que nous les reconnaissions. Dans ces sortes de fautes qui sont à peu près inévitables, si la négligence à la prévenir est coupable, la crainte excessive d’y tomber est un mal. Aussi, dans la prière qu’il nous a enseignée, a-t-il voulu que nous priions tous les jours pour obtenir le pardon de ces fautes quotidiennes (Luc. XI, 4). En parlant de la concupiscence, nous avons dit que si le Sauveur nous a arrachés à la damnation, attendu que, selon l’Apôtre, « il n’y a plus maintenant de damnation à craindre pour ceux qui sont en Jésus-Christ (Rom. VIII, 1), » cependant il l’a laissée vivre dans nos coeurs pour nous humilier, nous affliger, nous apprendre tout ce que nous procure la grâce, et nous forcer à recourir à lui. Il en est de même de ces fautes légères : s’il n’a pas voulu, par un secret dessein de sa bonté, nous en délivrer entièrement, c’est afin de nous apprendre que, si nous sommes incapables, par nos propres forces, de nous soustraire entièrement même à ces petits péchés, à plus forte raison ne saurions-nous de nous-mêmes éviter ceux qui sont plus grands, et qu’ainsi nous craignions constamment de perdre sa grâce, en voyant qu’elle nous est si nécessaire, et nous nous tenions sans cesse sur nos gardes contre un pareil malheur.

Source : Saint Bernard : Sermon pour le Jeudi Saint

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