Saint Bernard : Sermon pour le mercredi saint. Sur la Passion de Notre Seigneur

998001_182843435217697_1316212108_n.jpgQue notre cœur veille, mes Frères, pour ne pas laisser infructueux ces jours pleins de mystères. La moisson promet d’être abondante, préparez des vases purs pour la recevoir. Venez recueillir les dons de la grâce, avec des âmes pieuses et dévotes, des sens sur leur garde, des affections réglées et des consciences pures : non-seulement le genre de vie particulier que nous avons embrassé, nous y convie, mais l’usage de l’Eglise dont vous êtes les enfants, vous presse vivement de le faire. En effet, pour tons les chrétiens, cette sainte semaine est, l’occasion non pas ordinaire, mais tout à fait exceptionnelle de faire preuve de piété, de modestie, d’humilité et de recueillement, pour compatir, en quelque sorte aux souffrances du Christ. Est-il, en effet;. un homme tellement privé de tout sentiment de religion, qui ne se sente, pendant ces jours, l’âme pénétrée de douleur? Est-il orgueil si grand qui rie s’abaisse ? Est-il ressentiment si tenace qui ne s’adoucisse? Amour, si vif des plaisirs qui ne se prive? Passions si débordées qui ne se contraignent? Coeur si mauvais qui ne s’ouvre à la pénitence? Or, rien de plus juste qu’il en soit ainsi, car nous entrons dans le temps de la passion du Sauveur qui continue jusqu’à présent encore; à faire trembler la terre, à fendre les rochers et à forcer les tombeaux à s’ouvrir. De plus, nous approchons du jour de sa résurrection, dont vous vous préparez à célébrer la fête sous les yeux du Seigneur de Très-haut. Ah! plût à Dieu que vos âmes fussent la joie et le bonheur de la célébrer au plus haut des cieux, au sein des merveilles de ses mains. Mais, en attendant, il ne pouvait arriver sur la terre rien de meilleur que ce que le Seigneur y a fait pendant ces saints jours, et il ne pouvait nous être recommandé rien de préférable à la célébration annuelle du souvenir de ces grandes choses, dans le désir de nos âmes, rien de plus agréable que d’attester avec force l’abondance de ses douceurs (Psal. CXLIV, 7). Après tout, c’est pour nous que nous le faisons ; c’est ainsi que nous recueillerons les fruits du salut et que nous recouvrerons la vie de l’âme. O Seigneur Jésus, que votre passion est admirable, elle a mis en fuite toutes nos passions, elle a expié toutes nos iniquités, et il n’est pas de maladie si terrible de l’âme pour laquelle elle ne soit d’une efficacité parfaite. En est-il, en effet, une seule, même mortelle, qui ne soit guérie par sa mort.

Or il y a, mes frères, trois choses en particulier à considérer dans la passion : sa manière et sa cause. Dans le fait, nous remarquons, la patience du Sauveur, dans la manière brille son humilité, et dans la cause éclate sa charité. Pour sa patience , elle fut unique; car, pendant que les pécheurs frappaient sur lui comme des forgerons frappent sur l’enclume, étendaient si cruellement ses membrés sur le bois de la croix qu’on pouvait compter tous ses os, entamaient de tous côtés ce vaillant rempart d’Israël, et perçaient ses pieds et ses mains le clous, il fut comme l’agneau que l’on conduit à la boucherie, et semblable à la brebis ente les mains de celui qui la dépouille, de sa toison, il n’ouvrit urane pas la bouché, il ne laissa pas échapper une plainte contre son père qui l’avait envoyé sur la terre, pas un mot amer contre le genre humain dont il allait, dans son innocence, acquitter las dettes, pas un, reproche à l’adresse de ce peuple qui était son peuple , et qui le payait de tous ses bienfaits, par de si grands supplices. On voit des hommes qui sont punis pour leurs fautes et qui supportent leur châtiment avec humilité, et on leur fait un mérite de leur patience. On en voit d’autres qui sont flagelles beaucoup moins pour expier leurs fautes que pour être mis à l’épreuve, et pour être récompensés ensuite, et leur patience est tenue pour plus grande et plus exemplaire. Quelle ne sera donc pas à nos yeux, la patience de Jésus-Christ qui est mis, on ne peut plus cruellement, à mort comme un voleur dans son propre héritage, par ceux-mêmes qu’il était venu sauver, quoiqu’il fut exempt de tout péché tant actuel qu’originel, et même de tout germe de péché ? Car en lui, habite la plénitude de la divinité, non pas en figure, mais en réalité; en lui, Dieu le Père se réconcilie le monde; je ne dis pas figurativement mais substantiellement, et il est plein de grâce et de vérité, non point par coopération, mais personnellement, pour accomplir son couvre. Isaïe a dit quelque part : « Son oeuvre, est loin d’être son oeuvre (Isa. XXVIII, 21 ). » C’est-à-dire cette oeuvre était bien son oeuvre, parce que c’est celle que son Père lui a donnée à faire, et ce qui n’était pas son oeuvre, c’est que étant tel qu’il est, il souffrît ce qu’il a souffert. Voilà donc comment il nous est donné de remarquer sa patience dans l’œuvre de sa passion.

Jésus sur la Croix larrons.jpgMais, si vous jetez les yeux sur la manière dont il souffrit la passion, ce n’est pas seulement doux, c’est encore humble des coeur que vous le trouverez. On peut dire que le jugement qu’on a porté de lui dans, son abaissement, est nul (Act. VIII, 33), puisqu’il ne répondit rien à tant de calomnies et à tous les faux témoignages dirigés contre lui. « Nous l’avons vu, dit le Prophètes et il avait plus ni éclat ni beauté. ( Isa. LIII, 2). » Ce n’était plus le plus beau des enfants des hommes, mais c’était un opprobre; une sorte de lépreux, le dernier des hommes, un homme de douleur, un homme touché de la main de Dieu et humilié aux yeux de tous; en sorte qu’il avait perdu toute apparence et toute beauté. O homme, en même temps, le dernier et le premier des hommes ! Le plus abaissé et le plus sublime ! L’opprobre des hommes et la gloire des anges ! Il n’y a personne de plus grand que lui, et personne non plus de plus abaissé. En un mot, couvert de crachats, abreuvé d’outrages, et condamné à la plus honteuse des morts, il est mis au rang des scélérats eux-mêmes. Une humilité qui atteint de pareilles proportions, ou plutôt, qui dépasse ainsi toutes proportions ne méritera-t-elle rien ? Si sa patience fut unique, son humilité fut admirable, et l’une et l’autre furent sans exemple.

Mais l’une et l’autre se trouvent admirablement complétées par la charité, qui fut la cause de sa passion. En effet, c’est parce que, Dieu nous a aimés à l’excès que, pour nous racheter de notre esclavage, le Père n’a point épargné le Fils, et le Fils ne s’est point épargné lui-même. Oui, il nous a aimés à l’excès, puisque son; amour a excédé toute mesure , dépassé toute mesure, et a été plus grand que tout. « Personne, a-t-il dit lui-même, personne ne peut avoir un amour plus grand que celui qui va jusqu’à lui faire donner sa vie pour ses amis (Joan. XV, 13), » et pourtant, Seigneur, vous en avez eu un plus grand encore, puisque vous êtes mort même pour vos ennemis. En effet, nous étions encore vos ennemis, lorsque, par votre mort, vous nous avez réconciliés avec vous et avec votre Père. Quel amour donc fut, est on sera jamais comparable à celui-là? C’est à peine s’il se trouve des hommes, qui consentent à mourir pour un innocent, et vous, Seigneur, c’est pour des coupables que vous endurez la passion; c’est pour nos péchés que vous mourez, c’est sans aucun mérite de leur part que vous venez justifier les pécheurs, prendre des esclaves pour frères , vous donner des captifs pour cohéritiers et appeler des exilés à monter sur des trônes. Evidemment, ce qui ajoute encore un lustre unique à son humilité et à sa patience, c’est que, non content de livrer son âme à la mort et de se charger des péchés des hommes, il va de plus jusqu’à prier pour les violateurs de sa loi, de peur qu’ils ne périssent. Il n’est rien de plus certain et de plus digne de foi, c’est qu’il n’a été offert en sacrifice que parce qu’il l’a bien voulu! Ce n’est pas assez de dire : il a consenti à être immolé, mais il n’a été immolé que parce qu’il a voulu l’être; car nul ne pouvait lui enlever la vie malgré lui, aussi nul ne l’a lui a-t-il ôtée; ainsi, il l’a offerte de lui-même. A peine eut-il goûté au vinaigre qu’il s’écria : « Tout est consommé (Joan. XIX, 30). » En effet, il ne restait plus rien à accomplir, n’attendez donc plus rien de lui à présent. « Et alors ayant penché la tête, » celui qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort, « rendit l’esprit. » Quel homme s’endort ainsi à son gré, dans les bras de la mort? Assurément la mort est la plus grande défaillance de la nature, mais mourir ainsi c’est le comble même de la force, c’est que ce qui semble une défaillance en Dieu, est encore plus fort que ce qui parait le comble de la force dans les hommes (I. Cor. I, 25). Un homme peut porter la folie jusqu’à porter sur lui-même une main criminelle. Mais ce n’est pas là déposer la vie comme un vêtement, c’est se l’arracher avec précipitation et violence bien plutôt que la quitter à sa volonté. Déposer ainsi la vie, comme tu as eu le triste pouvoir de le faire, ô impie Judas, c’est moins la déposer que se pendre; ce n’est point la tirer soi-même du fond de ses entrailles, c’est l’arracher avec un lacet, enfin ce n’est point rendre, mais c’est perdre la vie. Il n’y a que celui qui a pu, par sa propre vertu, revenir à la vie, qui a pu aussi la quitter parce qu’il l’a voulu. Seul il a eu le pouvoir de la déposer et de la reprendre ensuite, comme on dépose et comme on reprend un vêtement, parce que seul il a le pouvoir de la vie et de la mort.

[…]

Source : Sermon pour le Mercredi Saint. Sur la Passion de Notre Seigneur.

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