La Sainte Eucharistie, Salut de l’Eglise et du monde

Ce lundi 14 mars, le cardinal Raymond L. Burke était à Paris pour présenter son livre La Sainte Eucharistie, sacrement de l’amour divin (éditions Via Romana), traduction de Divine Love Made Flesh: The Holy Eucharist, Sacrament of Charity, paru initialement aux États-Unis et publié aujourd’hui dans plusieurs langues à travers le monde.
Théologie de l’eucharistie accessible à tous les croyants, ce livre reprend principalement les enseignements sur le sujet de Jean-Paul II et de Benoît XVI.
Avec son autorisation, nous reproduisons ci-dessous la quasi totalité de la présentation de son livre effectuée à Paris par le cardinal Burke devant les journalistes et les personnalités invitées à cette occasion.

Le plus grand don de Dieu

Cardinal_Burke.jpgLes plus beaux souvenirs de jeunesse de mon éducation dans la foi et les mœurs catholiques, que ce soit à la maison, dans les écoles catholiques ou plus tard au petit séminaire sont tous associés à la Messe dominicale et à la dévotion eucharistique, mais aussi à la dévotion au Cœur Sacré de Jésus, qui en est le prolongement. Ce divin Cœur a été intronisé aussi bien à la maison, que dans les écoles catholiques, et au petit séminaire. Pour autant que je me souvienne, il n’y a jamais eu de doute que le plus grand don de Dieu envers moi, ma famille et l’Eglise toute entière soit le saint sacrifice de la Messe et son fruit incomparable : le Corps, le Sang, l’Ame, et la Divinité de Notre Seigneur Jésus Christ. C’est en effet le même Jésus qui, assis à la droite de Dieu le Père dans le ciel, descend afin de rendre présent le Sacrifice du Calvaire sur les autels de nos églises et chapelles, dispersées dans toutes les régions du monde.

Cette merveille du mystère eucharistique, mystère de la Foi, est intimement liée avec l’accès régulier au sacrement de la Pénitence, nous disposant à toujours mieux recevoir Notre Seigneur, le Pain Céleste. Tout en m’émerveillant de la présence réelle du Seigneur, j’ai approfondi mon amour pour Lui et mon désir de rester toujours près de Lui et de Lui plaire en toutes choses. Une occasion particulière de cette intimité eucharistique s’est présentée à l’âge de dix ans, lorsque je suis devenu enfant de chœur, assistant le prêtre à la célébration de la Sainte Messe et aux autres rites sacrés. L’opportunité de voir de plus près toute la beauté exquise du rite de la Messe et en particulier, le ministère irremplaçable du prêtre qui offre le Sacrifice, a été une grâce dont je suis encore aujourd’hui très reconnaissant.

La beauté de la sainte liturgie

L’édifice de l’église, ses meubles, l’autel, les linges sacrés, les calices, les patènes, les ciboires, les ostensoirs, les vases sacrés et les ornements, aussi bien que le chant grégorien et la polyphonie que l’on chantait pour les grandes fêtes de l’année, et de plus, les rites liturgiques eux-mêmes qui sont articulés avec un tel raffinement, en un mot, tout cet ensemble nous faisait percevoir la réalité sous-jacente : la rencontre entre le ciel et la terre qui est la substance de la sainte Liturgie. Je viens d’une région rurale d’un état des Etats-Unis, caractérisée par de petites exploitations agricoles, et j’ai grandi dans une petite ferme. Pourtant, la beauté de la sainte Liturgie, conservée par l’Eglise partout dans le monde, est aussi parvenue jusque dans ma contrée, et les fidèles faisaient les sacrifices nécessaires pour sauvegarder et promouvoir le plus beau don de Dieu pour nous. Je me souviens que, déjà pendant mon enfance, j’ai eu un sentiment de cette réalité tellement grande, qu’elle m’a habité toute ma vie, tandis que je cherchais à approfondir ma connaissance et accroitre mon amour du Seigneur eucharistique.

Durant mes dernières années à l’école et au début de mes études universitaires, qui étaient toujours dans le cadre du séminaire, tout ce dont je viens de parler subit un changement radical dans mon pays. Malgré le fait que je n’avais que dix-sept ou dix-huit ans, j’en ai été profondément marqué. Les églises furent réaménagées et les plus belles choses enlevées, surtout les maîtres-autels qui habituellement, dans cette région lointaine, étaient importés de l’Europe ou étaient fabriqués par des artisans européens. Il n’y avait plus l’attention soigneuse aux linges sacrés, aux vases et aux ornements, tandis que le chant grégorien et la polyphonie sacrée étaient abandonnés en faveur de musiques contemporaines, médiocres et souvent banales. Le latin ne se faisait guère ou jamais entendre, et les traductions anglaises des textes liturgiques utilisaient un langage ordinaire et peu soutenu. La chose la plus frappante fut le changement radical du rite de la Messe, réduisant largement son expression. Cette situation a été aggravée par les expérimentations liturgiques apparemment interminables et qui parfois m’ont laissé l’impression de ne pas avoir vraiment assisté à la Sainte Messe.

Les effets désasteux de la crise

Malheureusement, en dépit des mesures correctives du Saint-Siège, surtout du bienheureux pape Paul VI et du saint pape Jean-Paul II, la situation a continué à durer, et en même temps, on a assisté à une perte dramatique de la Foi dans l’Eucharistie et à un déclin stupéfiant de l’assistance à la Messe dominicale. Toute la destruction de la beauté liturgique a été justifiée au nom du soi-disant « esprit du Concile Vatican II », même si, en réalité, ces choses n’avaient rien avoir avec la vraie réforme désirée par les Pères Conciliaires. A vrai dire, il y avait là une manifestation dévastatrice d’une certaine interprétation du Concile Vatican II, en discontinuité avec la tradition ininterrompue de la doctrine et de la discipline de l’Eglise.  Le Pape Benoît XVI, lors de ses Vœux de Noël 2005 au Collège des Cardinaux et à la Curie Romaine a décrit ce phénomène.

Pendant les deux dernières années de son pontificat, le saint pape Jean-Paul II a entrepris un effort intense et approfondi pour corriger, d’une manière compréhensive, les abus liturgiques et pour restaurer la sainte Liturgie selon l’intention des Pères Conciliaires. Le pape Benoît XVI a continué la réforme liturgique du pape Jean-Paul II, mort avant le Synode des Evêques sur la Sainte Eucharistie qu’il avait convoqué pour le mois d’octobre 2005. Les principales œuvres du saint pape Jean-Paul II visant cette réforme sont : sa lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia du Jeudi Saint 2003 et l’Instruction Redemptionis Sacramentum de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements en avril 2004, déjà annoncée par le saint Pontife dans son encyclique. Les principales œuvres du Pape Benoît XVI sont : l’exhortation apostolique post-synodal Sacramentum Caritatis de février 2007, suivie par la lettre apostolique en forme de Motu Proprio Summorum Pontificum de juillet 2007 avec l’instruction correspondante de la Commission Pontificale « Ecclesia Dei » d’avril 2011 sur la mise en application dudit Motu Proprio.

Comme évêque de La Crosse, puis archevêque de Saint Louis, j’ai trouvé un guide sûr et un aide extraordinaire dans le magistère du saint pape Jean-Paul II et du pape Benoît XVI. J’ai voulu présenter soigneusement aux fidèles confiés à mon soin pastoral, leurs plus importants enseignements. J’ai poursuivi cette fin à travers le journal diocésain, dans lequel j’ai commenté durant deux années les textes complets de la lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia et de l’exhortation apostolique post-synodal Sacramentum Caritatis. Puis, encouragé par plusieurs prêtres et autres fidèles, j’ai révisé le texte des articles avec l’aide de ma secrétaire la sœur M. Regina et de monsieur l’abbé Michael Houser. Le résultat en a été le volume qui maintenant est publié en traduction française. Monsieur Thomas McKenna de “Catholic Action for Faith and the Family”, association dévouée à la nouvelle évangélisation, a assuré sa publication aux Etats-Unis et a coopéré avec monsieur Benoît Mancheron et la maison d’édition Via Romana pour l’édition française et aussi avec d’autres maisons d’édition pour les publications croate, allemande, italienne, polonaise, et portugaise. Je remercie le Bon Dieu que ce livre ait été un bienfait spirituel pour beaucoup de lecteurs.

La continuité organique de la Liturgie sacrée

Je veux conclure ma réflexion en exprimant l’espoir que ce que j’ai écrit, inspiré par la continuité organique de la Liturgie sacrée tout au long des siècles chrétiens, puisse aider le lecteur à apprécier la bonté, la vérité, et la beauté de la sainte Liturgie, comme l’action du Christ glorieux au milieu de nous, et comme la rencontre du ciel et de la terre. Et ainsi, j’espère que la lecture du livre puisse, de quelque manière, aider le lecteur à mieux connaître notre Seigneur Eucharistique et à L’aimer toujours plus ardemment. Que l’adoration humble du mystère eucharistique, mystère de la Foi, inspire et renforce en nous une vie eucharistique, une vie d’amour pur et désintéressé du prochain, surtout du prochain très nécessiteux.

la-sainte-eucharistie-sacrement-de-l-amour-divin.jpgQue la Sainte Vierge Marie, « Femme de l’Eucharistie » selon l’expression du Saint Pape Jean-Paul II, nous rapproche de son Fils dans le saint sacrifice de la Messe, afin que, par sa maternité divine, nous Le rencontrions en sa Présence Réelle dans le Très Saint Sacrement et que nous suivions toujours son conseil maternel : « faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2,5).

Je vous remercie tous pour votre présence et votre écoute bienveillante. Que le Bon Dieu vous bénisse et qu’Il bénisse vos foyers.

Raymond Leo, cardinal Burke

La Sainte Eucharistie, sacrement de l’amour divin
cardinal Raymond L. Burke,
éditions Via Romana, 250 pages, 20 €

Source : L’Homme nouveau

Le silence du Samedi Saint

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L’office des Ténèbres – Matines du Samedi Saint

Premier Nocturne

PSAUME 14

th.jpgDomine quis habitabit in tabernaculo tuo aut quis requiescet in monte sancto tuo ?
Qui ingreditur sine macula et operatur iustitiam
Qui loquitur veritatem in corde suo qui non egit dolum in lingua sua
nec fecit proximo suo malum et obprobrium non accepit adversus proximos suos

Ad nihilum deductus est in conspectu eius malignus timentes autem Dominum glorificat
qui iurat proximo suo et non decipit, qui pecuniam suam non dedit ad usuram et munera super innocentes non accepit qui facit haec non movebitur in aeternum
Habitabit in tabernaculo tuo, requiescet in monte sancto tuo.
Caro mea requiescet in spe.

 

Pieta1a.jpgSeigneur, quel est celui qui habitera dans votre tabernacle, et qui reposera sur votre montagne sainte ?
Celui qui marche dans l’innocence et pratique la justice ;
Celui qui dit la vérité dans son cœur, et qui n’use point d’artifice dans ses paroles ;
Celui qui ne fait point de mal à son prochain, et refuse d’entendre l’injure dont on veut le noircir ;
Celui devant qui le méchant est compté pour rien, mais qui honore ceux qui craignent le Seigneur ;
Celui qui fait un serment à son frère et ne le trompe pas ;
Celui qui ne donne point son argent à usure ; et n’accepte pas de don contre l’innocent ;
L’homme qui se conduit ainsi, rien ne pourra jamais l’ébranler.
Il habitera dans votre tente, il se reposera sur votre montagne sainte.
Ma chair reposera dans l’espérance.

Homélie de Saint Augustin : La Passion et les deux Larrons

ANALYSE. — 1. Paroles du larron au larron qui souffrait avec lui. — 2. Sa prière au Christ. — 3. Réponse du Christ. — 4. Comment le larron a été baptisé.

Rubens Crucifixion.jpg1. Le Seigneur Jésus était attaché à la croix, les Juifs blasphémaient, les princes ricanaient, et bien que le sang des victimes tombées sous ses coups ne fût pas encore desséché, le larron lui rendait hommage ; d’autres secouaient la tête en disant : « Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même (Matth. XXVII, 10) ». Jésus ne répondait pas, et, tout en gardant le silence, il punissait les méchants. Pour la honte des Juifs, le Sauveur ouvre la bouche à un homme qui doit plaider sa cause ; cet homme n’est autre qu’un larron crucifié comme lui ; car deux larrons avaient été crucifiés avec lui, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Au milieu d’eux se trouvait le Sauveur. C’était comme une balance parfaitement équilibrée, dont un plateau élevait le larron fidèle, dont l’autre abaissait le larron incrédule qui l’insultait à sa gauche. Celui de droite s’humilie profondément : il se reconnaît coupable au tribunal de sa conscience, il devient, sur la croix, son propre juge, et sa confession fait de lui un docteur. Voici sa première parole, elle s’adresse à l’autre brigand : « Ni toi, non plus, tu ne crains pas (Luc, XXI,  I, 3) ! » Hé quoi, larron ? tout à l’heure tu volais, et maintenant tu reconnais Dieu; tout à l’heure tu étais un assassin, et maintenant tu crois au Christ ! Dis-nous donc, oui, dis-nous ce que tu as fait de mal ; dis-nous ce que tu as vu faire de bien au Sauveur. Nous, nous avons tué des vivants, et, lui, il a rendu la vie aux morts; nous, nous avons dérobé le bien d’autrui, et, lui, il a donné tous ses trésors à l’univers ; et il s’est fait pauvre pour me rendre riche. — Il discute avec l’autre larron : Jusqu’ici, dit-il, nous avons marché ensemble pour commettre le crime. Offre ta croix, on t’indiquera le chemin à suivre, si tu veux vivre avec moi. Après avoir été mon collègue dans la voie du crime, accompagne-moi jusqu’au séjour de la vie; car cette croix, c’est l’arbre de vie. David a dit en l’un de ses psaumes : « Dieu connaît les sentiers du juste, et la voie de l’impie conduit à la mort (Ps. I, 6) ».

2. Après sa confession, il se tourne vers Jésus : « Seigneur », lui dit-il, « souvenez-vous de moi, lorsque vous serez arrivé en votre royaume (Id. XXIII, 42.) ». Je ne savais comment dire au larron : Pour que le Christ se souvienne de toi, quel bien as-tu fait ? A quelles bonnes œuvres as-tu employé ton temps ? Tu n’as fait que du mal aux autres, tu as versé le sang de ton prochain, et tu oses dire « Souvenez-vous de moi ! » Larron, tu es devenu le compagnon de ton Maître, réponds donc : J’ai reconnu mon Maître, au milieu des ignominies de mon supplice ; aussi ai-je le droit d’attendre de lui une récompense. Qu’il soit cloué à une croix, peu m’importe ! je n’en crois pas moins que sa demeure, que le trône de sa justice est dans le ciel. « Seigneur », dit-il, « souvenez-vous de moi, lorsque vous serez arrivé en votre royaume». Le Christ n’avait ouvert la bouche ni en présence de Pilate, ni devant les princes des prêtres : de ses lèvres si pures n’était tombé aucun mot de réponse à l’adresse de ses ennemis, parce que leurs questions n’étaient pas dictées par la droiture. Et voilà qu’il parle au larron sans se faire attendre, parce que celui-ci le prie avec simplicité : « En vérité, en vérité, je te le dis : aujourd’hui même tu seras avec moi dans le paradis (Luc, XXIII, 13 . ) ». Hé quoi, larron ? tu as demandé une faveur pour l’avenir, et tu l’as obtenue pour le jour même ! Tu dis : « Lorsque vous arriverez en votre royaume », et, pas plus tard qu’aujourd’hui , il te donne une place au paradis !

4. Mais comment expliquer ceci ? Le Christ promet la vie au larron, et le larron n’a pas encore reçu la grâce ? Le Seigneur dit en son saint Evangile : « Quiconque ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit-Saint ne peut entrer dans le royaume des cieux (Jean, III, 5.) ». Et le temps ne permet pas de baptiser le larron. Dans sa miséricorde, le Rédempteur imagine à cela un remède. Un soldat s’approche ; d’un coup de lance, il ouvre le côté du Christ, et de cette plaie «s’échappent du sang et de l’eau (Id. XIX, 31.) » qui rejaillissent sur les membres du larron. L’apôtre Paul a dit ceci : « Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de l’aspersion de ce sang qui parle plus haut que celui d’Abel (Hébr. XII, 22-24. ) ». Pourquoi le sang du Christ parle-t-il plus haut que celui d’Abel ? Parce que le sang d’Abel accuse un parricide, tandis que celui du Christ innocente l’homicide et accorde, pour les siècles des siècles, le pardon à ceux qui se repentent. Ainsi soit-il.

Source : Sermon LII : Sur la Passion du Seigneur et les deux Larrons

Saint Bernard : Sermon pour le Jeudi Saint

[…] « celui qui sort du bain n’a besoin que de se laver les pieds (Ibid. 1,0). » Effectivement, celui qui n’a plus de péchés mortels, est comme s’il sortait, du bain, sa tête, c’est-à-dire ses intentions, et ses mains, c’est-à-dire ses oeuvres, et sa vie tout entière, sont pures; mais ses pieds, qui sont les affections de l’âme, tant que nous marchons sur la poussière de cette vie, ne peuvent pas être complètement exempts de toute souillure; il est impossible que l’esprit ne se laisse pas quelquefois aller au moins à de fugitifs sentiments de vanité, de sensualité ou de curiosité, un peu plus qu’il ne faut; car, « nous faisons tous beaucoup de fautes (Jac. III, 2). »

5. Toutefois, que nul de nous ne méprise, ne regarde comme peu de chose ces sortes de fautes, car il est impossible d’être sauvé avec ces péchés-là, impossible même de les effacer, sinon par Jésus-Christ et en vertu de ses mérites. Non, je le répète, que nul, parmi, nous, ne s’endorme dans une fâcheuse sécurité, et ne se laisse aller à des paroles de malice, en cherchant à s’excuser de ces sortes de fautes (Psal. CXL, 4); car, comme il a été dit à saint Pierre par le Sauveur en personne, s’il ne les lave lui-même, nous n’aurons point de part avec lui. Toutefois, il ne faut pas non plus que nous nous en préoccupions à l’excès, car il nous est facile d’en obtenir le pardon de Dieu, qui ne demande pas mieux que de nous l’accorder; il suffit pour cela que nous les reconnaissions. Dans ces sortes de fautes qui sont à peu près inévitables, si la négligence à la prévenir est coupable, la crainte excessive d’y tomber est un mal. Aussi, dans la prière qu’il nous a enseignée, a-t-il voulu que nous priions tous les jours pour obtenir le pardon de ces fautes quotidiennes (Luc. XI, 4). En parlant de la concupiscence, nous avons dit que si le Sauveur nous a arrachés à la damnation, attendu que, selon l’Apôtre, « il n’y a plus maintenant de damnation à craindre pour ceux qui sont en Jésus-Christ (Rom. VIII, 1), » cependant il l’a laissée vivre dans nos coeurs pour nous humilier, nous affliger, nous apprendre tout ce que nous procure la grâce, et nous forcer à recourir à lui. Il en est de même de ces fautes légères : s’il n’a pas voulu, par un secret dessein de sa bonté, nous en délivrer entièrement, c’est afin de nous apprendre que, si nous sommes incapables, par nos propres forces, de nous soustraire entièrement même à ces petits péchés, à plus forte raison ne saurions-nous de nous-mêmes éviter ceux qui sont plus grands, et qu’ainsi nous craignions constamment de perdre sa grâce, en voyant qu’elle nous est si nécessaire, et nous nous tenions sans cesse sur nos gardes contre un pareil malheur.

Source : Saint Bernard : Sermon pour le Jeudi Saint

Saint Bernard : Sermon pour le mercredi saint. Sur la Passion de Notre Seigneur

998001_182843435217697_1316212108_n.jpgQue notre cœur veille, mes Frères, pour ne pas laisser infructueux ces jours pleins de mystères. La moisson promet d’être abondante, préparez des vases purs pour la recevoir. Venez recueillir les dons de la grâce, avec des âmes pieuses et dévotes, des sens sur leur garde, des affections réglées et des consciences pures : non-seulement le genre de vie particulier que nous avons embrassé, nous y convie, mais l’usage de l’Eglise dont vous êtes les enfants, vous presse vivement de le faire. En effet, pour tons les chrétiens, cette sainte semaine est, l’occasion non pas ordinaire, mais tout à fait exceptionnelle de faire preuve de piété, de modestie, d’humilité et de recueillement, pour compatir, en quelque sorte aux souffrances du Christ. Est-il, en effet;. un homme tellement privé de tout sentiment de religion, qui ne se sente, pendant ces jours, l’âme pénétrée de douleur? Est-il orgueil si grand qui rie s’abaisse ? Est-il ressentiment si tenace qui ne s’adoucisse? Amour, si vif des plaisirs qui ne se prive? Passions si débordées qui ne se contraignent? Coeur si mauvais qui ne s’ouvre à la pénitence? Or, rien de plus juste qu’il en soit ainsi, car nous entrons dans le temps de la passion du Sauveur qui continue jusqu’à présent encore; à faire trembler la terre, à fendre les rochers et à forcer les tombeaux à s’ouvrir. De plus, nous approchons du jour de sa résurrection, dont vous vous préparez à célébrer la fête sous les yeux du Seigneur de Très-haut. Ah! plût à Dieu que vos âmes fussent la joie et le bonheur de la célébrer au plus haut des cieux, au sein des merveilles de ses mains. Mais, en attendant, il ne pouvait arriver sur la terre rien de meilleur que ce que le Seigneur y a fait pendant ces saints jours, et il ne pouvait nous être recommandé rien de préférable à la célébration annuelle du souvenir de ces grandes choses, dans le désir de nos âmes, rien de plus agréable que d’attester avec force l’abondance de ses douceurs (Psal. CXLIV, 7). Après tout, c’est pour nous que nous le faisons ; c’est ainsi que nous recueillerons les fruits du salut et que nous recouvrerons la vie de l’âme. O Seigneur Jésus, que votre passion est admirable, elle a mis en fuite toutes nos passions, elle a expié toutes nos iniquités, et il n’est pas de maladie si terrible de l’âme pour laquelle elle ne soit d’une efficacité parfaite. En est-il, en effet, une seule, même mortelle, qui ne soit guérie par sa mort.

Or il y a, mes frères, trois choses en particulier à considérer dans la passion : sa manière et sa cause. Dans le fait, nous remarquons, la patience du Sauveur, dans la manière brille son humilité, et dans la cause éclate sa charité. Pour sa patience , elle fut unique; car, pendant que les pécheurs frappaient sur lui comme des forgerons frappent sur l’enclume, étendaient si cruellement ses membrés sur le bois de la croix qu’on pouvait compter tous ses os, entamaient de tous côtés ce vaillant rempart d’Israël, et perçaient ses pieds et ses mains le clous, il fut comme l’agneau que l’on conduit à la boucherie, et semblable à la brebis ente les mains de celui qui la dépouille, de sa toison, il n’ouvrit urane pas la bouché, il ne laissa pas échapper une plainte contre son père qui l’avait envoyé sur la terre, pas un mot amer contre le genre humain dont il allait, dans son innocence, acquitter las dettes, pas un, reproche à l’adresse de ce peuple qui était son peuple , et qui le payait de tous ses bienfaits, par de si grands supplices. On voit des hommes qui sont punis pour leurs fautes et qui supportent leur châtiment avec humilité, et on leur fait un mérite de leur patience. On en voit d’autres qui sont flagelles beaucoup moins pour expier leurs fautes que pour être mis à l’épreuve, et pour être récompensés ensuite, et leur patience est tenue pour plus grande et plus exemplaire. Quelle ne sera donc pas à nos yeux, la patience de Jésus-Christ qui est mis, on ne peut plus cruellement, à mort comme un voleur dans son propre héritage, par ceux-mêmes qu’il était venu sauver, quoiqu’il fut exempt de tout péché tant actuel qu’originel, et même de tout germe de péché ? Car en lui, habite la plénitude de la divinité, non pas en figure, mais en réalité; en lui, Dieu le Père se réconcilie le monde; je ne dis pas figurativement mais substantiellement, et il est plein de grâce et de vérité, non point par coopération, mais personnellement, pour accomplir son couvre. Isaïe a dit quelque part : « Son oeuvre, est loin d’être son oeuvre (Isa. XXVIII, 21 ). » C’est-à-dire cette oeuvre était bien son oeuvre, parce que c’est celle que son Père lui a donnée à faire, et ce qui n’était pas son oeuvre, c’est que étant tel qu’il est, il souffrît ce qu’il a souffert. Voilà donc comment il nous est donné de remarquer sa patience dans l’œuvre de sa passion.

Jésus sur la Croix larrons.jpgMais, si vous jetez les yeux sur la manière dont il souffrit la passion, ce n’est pas seulement doux, c’est encore humble des coeur que vous le trouverez. On peut dire que le jugement qu’on a porté de lui dans, son abaissement, est nul (Act. VIII, 33), puisqu’il ne répondit rien à tant de calomnies et à tous les faux témoignages dirigés contre lui. « Nous l’avons vu, dit le Prophètes et il avait plus ni éclat ni beauté. ( Isa. LIII, 2). » Ce n’était plus le plus beau des enfants des hommes, mais c’était un opprobre; une sorte de lépreux, le dernier des hommes, un homme de douleur, un homme touché de la main de Dieu et humilié aux yeux de tous; en sorte qu’il avait perdu toute apparence et toute beauté. O homme, en même temps, le dernier et le premier des hommes ! Le plus abaissé et le plus sublime ! L’opprobre des hommes et la gloire des anges ! Il n’y a personne de plus grand que lui, et personne non plus de plus abaissé. En un mot, couvert de crachats, abreuvé d’outrages, et condamné à la plus honteuse des morts, il est mis au rang des scélérats eux-mêmes. Une humilité qui atteint de pareilles proportions, ou plutôt, qui dépasse ainsi toutes proportions ne méritera-t-elle rien ? Si sa patience fut unique, son humilité fut admirable, et l’une et l’autre furent sans exemple.

Mais l’une et l’autre se trouvent admirablement complétées par la charité, qui fut la cause de sa passion. En effet, c’est parce que, Dieu nous a aimés à l’excès que, pour nous racheter de notre esclavage, le Père n’a point épargné le Fils, et le Fils ne s’est point épargné lui-même. Oui, il nous a aimés à l’excès, puisque son; amour a excédé toute mesure , dépassé toute mesure, et a été plus grand que tout. « Personne, a-t-il dit lui-même, personne ne peut avoir un amour plus grand que celui qui va jusqu’à lui faire donner sa vie pour ses amis (Joan. XV, 13), » et pourtant, Seigneur, vous en avez eu un plus grand encore, puisque vous êtes mort même pour vos ennemis. En effet, nous étions encore vos ennemis, lorsque, par votre mort, vous nous avez réconciliés avec vous et avec votre Père. Quel amour donc fut, est on sera jamais comparable à celui-là? C’est à peine s’il se trouve des hommes, qui consentent à mourir pour un innocent, et vous, Seigneur, c’est pour des coupables que vous endurez la passion; c’est pour nos péchés que vous mourez, c’est sans aucun mérite de leur part que vous venez justifier les pécheurs, prendre des esclaves pour frères , vous donner des captifs pour cohéritiers et appeler des exilés à monter sur des trônes. Evidemment, ce qui ajoute encore un lustre unique à son humilité et à sa patience, c’est que, non content de livrer son âme à la mort et de se charger des péchés des hommes, il va de plus jusqu’à prier pour les violateurs de sa loi, de peur qu’ils ne périssent. Il n’est rien de plus certain et de plus digne de foi, c’est qu’il n’a été offert en sacrifice que parce qu’il l’a bien voulu! Ce n’est pas assez de dire : il a consenti à être immolé, mais il n’a été immolé que parce qu’il a voulu l’être; car nul ne pouvait lui enlever la vie malgré lui, aussi nul ne l’a lui a-t-il ôtée; ainsi, il l’a offerte de lui-même. A peine eut-il goûté au vinaigre qu’il s’écria : « Tout est consommé (Joan. XIX, 30). » En effet, il ne restait plus rien à accomplir, n’attendez donc plus rien de lui à présent. « Et alors ayant penché la tête, » celui qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort, « rendit l’esprit. » Quel homme s’endort ainsi à son gré, dans les bras de la mort? Assurément la mort est la plus grande défaillance de la nature, mais mourir ainsi c’est le comble même de la force, c’est que ce qui semble une défaillance en Dieu, est encore plus fort que ce qui parait le comble de la force dans les hommes (I. Cor. I, 25). Un homme peut porter la folie jusqu’à porter sur lui-même une main criminelle. Mais ce n’est pas là déposer la vie comme un vêtement, c’est se l’arracher avec précipitation et violence bien plutôt que la quitter à sa volonté. Déposer ainsi la vie, comme tu as eu le triste pouvoir de le faire, ô impie Judas, c’est moins la déposer que se pendre; ce n’est point la tirer soi-même du fond de ses entrailles, c’est l’arracher avec un lacet, enfin ce n’est point rendre, mais c’est perdre la vie. Il n’y a que celui qui a pu, par sa propre vertu, revenir à la vie, qui a pu aussi la quitter parce qu’il l’a voulu. Seul il a eu le pouvoir de la déposer et de la reprendre ensuite, comme on dépose et comme on reprend un vêtement, parce que seul il a le pouvoir de la vie et de la mort.

[…]

Source : Sermon pour le Mercredi Saint. Sur la Passion de Notre Seigneur.

Saint Augustin : Vers la fin du Carême, le chemin du ciel

Le Christ Notre-Seigneur nous exauce avec son Père; pour nous cependant il a daigné prier son Père. Est-il rien de plus sûr que notre bonheur, quand il est demandé par Celui qui le donne? Car Jésus-Christ est en même temps Dieu et homme; il prie comme homme, et comme Dieu il donne ce qu’il demande. S’il attribue au Père tout ce que vous; devez conserver de lui, c’est que le Père ne procède pas de lui, mais lui du Père. Il rapporte tout à la source dont il émane, quoique en émanant d’elle il soit source aussi, puisqu’il est la source de la vie. C’est donc une source produite par une source. Oui, le Père qui est une source produit une source; mais il en est de ces deux sources comme du Père et du Fils qui ne sont qu’un seul Dieu. Le Père toutefois n’est pas le Fils, le Fils n’est pas le Père et l’Esprit du Père et du Fils n’est ni le Père ni le Fils; mais le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont qu’un seul Dieu. Appuyez-vous sur cette unité pour ne pas tomber en désunissant.

Cranach l'Ancien La trinitéVous avez vu ce que demandait le Sauveur, ou plutôt ce qu’il voulait. Il disait donc : « Je veux, mon Père, que là où je suis soient aussi ceux que vous m’avez donnés ». Oui, « je veux que là où je suis ils soient aussi avec moi ». Oh ! l’heureux séjour ! Oh ! l’inattaquable patrie ! Elle n’a ni ennemi ni épidémie à redouter. Nous y vivrons tranquilles, sans chercher à en sortir; nous ne trouverions point de plus sûr asile. Sur quelque lieu que se fixe ton choix ici-bas, sur la terre, c’est pour craindre, ce n’est point pour y être en sûreté. Ainsi donc, pendant que tu occupes cette résidence du mal, en d’autres termes, pendant que tu es dans ce siècle, dans cette vie pleine de tentations, de morts, de gémissements et de terreurs, dans ce monde réellement mauvais, fais choix d’une autre contrée pour y porter ton domicile. Mais tu ne saurais le transporter au séjour du bien, si tu n’as fait du bien dans ce pays du mal. Quelle résidence que cette autre où personne ne souffre de la faim? Mais pour habiter cette heureuse patrie où la faim est inconnue; dans la patrie malheureuse où nous sommes partage ton pain avec celui qui a faim. Là nul n’est étranger, chacun est dans son pays. Veux-tu donc habiter ce séjour heureux où il n’y a point d’étranger? dans ce séjour malheureux ouvre ta porte à celui qui est sans asile. Donne l’hospitalité, dans ce pays du malheur, à l’étranger, afin d’être admis toi-même sur la terre fortunée où tu ne pourras la recevoir. Sur cette terre bénie, personne n’est sans vêtement, il n’y a ni froid ni chaleur excessifs; à quoi bon des habitations et des vêtements. Au lieu d’habitation on y trouve la protection divine; on y trouve l’abri dont il est dit : « Je me réfugierai à l’ombre de vos ailes (Ps. LVI, 2.) ». Ici donc reçois dans ta demeure celui qui n’en a pas, et tu pourras parvenir au lieu fortuné où tu trouveras un abri qu’il ne te faudra point restaurer, attendu que la pluie ne saurait le détériorer. Là jaillit perpétuellement la fontaine de vérité; eau féconde qui répand la joie et non l’humidité, source de véritable vie. Que voir en effet dans ces mots : « En vous est la fontaine de vie (Ps. XXXV,10.) »; sinon ceux-ci : « Le Verbe était en Dieu (Jean, I, 14.)? »

Ainsi donc, mes bien-aimés, faites le bien dans ce séjour du mal, afin de parvenir au séjour heureux dont nous parle en ces termes Celui qui nous le prépare : «Je veux que là où je suis ils soient aussi avec moi». Il est monté pour nous le préparer, afin que le trouvant prêt nous y entrions sans crainte. C’est lui qui l’a préparé; demeurez donc en lui. Le Christ serait-il pour toi une demeure trop étroite? Craindrais-tu encore sa passion? Mais il est ressuscité d’entre les morts, et il ne meurt plus, et la mort n’aura plus sur lui d’empire (Rom. VI, 9.). Ce siècle est à la fois le séjour et le temps du mal. Faisons le bien dans ce séjour du mal, conduisons-nous bien dans ce temps du mal; ce séjour et ce temps passeront pour faire place à l’éternelle habitation et aux jours éternels du bien, lesquels ne seront qu’un seul jour. Pourquoi disons-nous ici des jours mauvais ? Parce que l’un passe pour être rem. placé par un autre. Aujourd’hui passe pour être remplacé par demain, comme hier a passé pour être remplacé par aujourd’hui. Mais où rien ne passe on ne compte qu’un jour. Ce jour est aussi et le Christ et son Père, avec cette distinction que le Père est un jour qui ne vient d’aucun jour, tandis que le Fils est un jour venu d’un jour.

Ainsi donc Jésus-Christ Notre-Seigneur, par sa passion, nous prêche les fatigues et les accablements de ce siècle; il nous prêche, par sa résurrection, la vie éternelle et bienheureuse du siècle futur. Souffrons le présent, ayons confiance dans l’avenir. Aussi le temps; actuel que nous passons dans le jeûne et dans des observances propres à nous inspirer la contrition, est-il l’emblème des fatigues du siècle présent; comme les jours qui se préparent sont l’emblème du siècle futur, où nous ne sommes pas encore. Hélas ! oui, ils en sont l’emblème, car nous ne le tenons pas. La tristesse doit durer en effet jusqu’à la passion; après la résurrection, les chants de louanges.

Source : Sermon CCXVII. Vers la fin du Carême, le chemin du ciel.

Homélie de Saint Jean Chrysostome sur la « Grande Semaine » (II)

4. Ce qui s’est passé pendant la nuit, afin que l’affaire ne fît pas de bruit, ne causât aucune espèce de tumulte; car, les apôtres ne faisaient rien pour s’étaler en spectacle, ni pour acquérir de la gloire. Donc, le geôlier se jeta à ses pieds. Eh bien, que fait Paul ? Avez-vous bien compris le miracle? Avez-vous bien compris ce qu’il y a là d’étonnant, d’étrange? Considérez maintenant la sollicitude, considérez la bonté de Paul. « Il lui cria : Ne vous faites point de mal, car nous sommes tous ici. » (Act. XXI, 28.) Le geôlier l’avait enchaîné cruellement; l’Apôtre ne le laissa pas mourir d’une manière cruelle; il oublia son injure : « Nous sommes tous ici, » dit-il. Voyez la modestie ! il ne dit pas : ces choses merveilleuses, c’est aloi qui les ai faites; mais, que dit-il ? « Nous sommes tous ici. » Il se compte au nombre des prisonniers, notre Paul. Le geôlier, à cette vue, fut saisi d’admiration; le miracle le frappa de stupeur; il bénit Dieu, c’était une âme vraiment digne de la sollicitude et de la bonté de l’Apôtre, que ce geôlier; il ne considéra pas ce qui s’était passé, comme un prestige. Et pourquoi ne crut-il pas à un prestige? C’est qu’il les entendit chantant des hymnes au Seigneur; et un faiseur de prestiges ne chante jamais d’hymne au Seigneur. Il avait reçu beaucoup de faiseurs de prestiges en sa qualité de geôlier; mais jamais aucun d’eux n’avait fait chose pareille, n’avait fait tomber des liens, ni montré la même sollicitude. C’est que Paul voulait être enchaîné, et il ne prit pas la fuite, ne voulant pas causer la mort du geôlier.
Roi des JuifsCet homme s’était élancé, tenant dans ses mains un glaive et un flambeau; le démon voulait lui faire commettre un meurtre, pour prévenir sa conversion. Mais la voix retentissante de Paul conquit bien vite le salut de son âme; car, non-seulement il cria, ruais il lui dit d’une voix retentissante : « Nous sommes tous ici. » Le geôlier admira cette sollicitude, et celui qui n’était pas enchaîné, tomba aux pieds de celui qui était chargé de chaînes ; et que lui dit-il? « Seigneur, que faut-il que je fasse pour être sauvé? » (Act. XVI, 30.) Comment! c’est toi qui l’as enchaîné, et c’est toi qui te trouves dans l’embarras ? C’est toi qui lui as mis ses pieds dans une entrave de bois, et voilà que tu cherches la manière de te convertir et de te sauver? Voyez-vous la ferveur? voyez-vous le zèle empressé ? Pour cet homme, pas de délai; libre de crainte il ne se croit pas libre à l’égard de son bienfaiteur, mais tout de suite, il s’élance, il se jette sur le salut de son âme. C’était le milieu de la nuit; il ne dit pas : délibérons, laissons venir le jour, mais, tout de suite, il court à son salut. Cet homme est grand, se dit-il; il surpasse la nature humaine; j’ai vu la merveille qu’il a faite; j’ai admiré sa sollicitude pour moi; il a souffert, de moi, des maux sans nombre; exposé aux derniers malheurs, et me tenant dans ses mains, moi qui l’ai enchaîné, il peut me tuer; et, non-seulement il n’en fait rien, mais, au moment où je m’apprête à m’égorger moi-même, ou déjà je me perce de mon glaive, c’est lui qui m’arrête. Ce geôlier a eu raison de dire : « Seigneur, que faut-il que je fasse pour être sauvé? » Car, ce n’étaient pas seulement les miracles qui attiraient auprès des apôtres de nouveaux croyants, mais, avant leurs miracles, leur vie opérait sur les hommes. Voilà pourquoi l’Écriture dit : « Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils « voient vos bonnes oeuvres, et qu’ils glorifient votre Père, qui est dans les cieux. » (Matth. V, 16.)
Avez-vous bien vu la ferveur du geôlier? Voyez maintenant la ferveur de Paul; il ne diffère pas; son zèle ne se ralentit pas; il est dans les fers, chargé d’entraves, couvert de blessures, et vite il l’instruit des mystères, et il instruit, avec lui, toute sa famille, et, après l’ablution spirituelle, après la table spirituelle, il lui sert aussi les aliments de la chair (Confusion : ce n’est pas Paul qui offre des aliments au geôlier, c’est le geôlier qui convie Paul à en prendre chez lui (Act. XVI, 34.)). Mais pourquoi a-t-il fait trembler la prison? pour réveiller l’âme du geôlier par le spectacle de ce qui arrivait. Il a fait tomber les liens sensibles de ceux qui étaient enchaînés avec lui, pour faire tomber les liens spirituels du geôlier. Le Christ a fait tout le contraire : Un homme s’approcha de lui, qui souffrait d’une double paralysie; de la paralysie du péché, de la paralysie du corps. Le Christ guérit d’abord la paralysie du péché, par ces paroles : « Mon fils, vos péchés vous sont remis. » (Marc, II, 5.) Et, comme on disputait sur ces paroles ; comme on blasphémait; comme on disait : « Personne ne peut remettre les péchés, que Dieu seul (Ibid. 7) ; » le Christ, voulant montrer qu’il est véritablement Dieu, voulant aussi se ménager les moyens de luger ses contradicteurs d’après leur propre bouche, afin de pouvoir dire : « Je vous juge d’après votre propre bouche (Luc, XIX, 22), » c’est toi-même qui viens de dire, que nul ne peut remettre les péchés que Dieu seul; eh bien ! voici, dit-il, que je remets les péchés, confesse donc ma divinité ; c’est, d’après ta manière de juger, que je porte moi-même la sentence. Nous voyons ici l’action spirituelle d’abord, et ensuite, l’action sensible. Paul nous montre ici le contraire, il fait tomber d’abord les liens sensibles, et ensuite les liens spirituels.
Avez-vous bien compris la force des hymnes, la puissance de la bénédiction, la puissance de la prière? Certes l’efficacité de la prière est toujours grande; mais, quand le jeûne se joint à la prière, c’est alors que l’âme est doublement puissante ; c’est alors que nous avons la tempérance dans les pensées; c’est alors que l’âme se réveille et contemple les choses d’en-haut. Aussi l’Ecriture joint-elle toujours le jeûne à la prière. Comment cela? Dans quel passage ? « Ne vous refusez point l’un à l’autre ce devoir, » dit l’Apôtre, « si ce n’est du consentement de l’un et de l’autre , afin d’être libres pour le jeûne et pour la prière.» (I Cor. VII, 5.) Et encore ailleurs : « Mais cette sorte de démon ne se chasse que par la prière et le jeûne. » (Matth. XXII, 20.) Et ailleurs encore : « Et après qu’ils eurent prié et jeûné, ils leur imposèrent les mains. » (Act. I, 33.)

5. Voyez-vous le jeûne partout uni à la prière ? C’est alors en effet qu’il s’échappe de la lyre une mélodie plus agréable, plus digne du Seigneur. Les cordes ne sont pas humides, relâchées par l’ivresse ; la raison est bien tendue ; l’intelligence, bien éveillée ; l’âme vigilante; c’est ainsi qu’il convient de s’approcher de Dieu, de s’entretenir avec lui, seul à seul. Si nous avons une affaire grave à communiquer à nos amis, nous les prenons à l’écart: à bien plus forte raison , faut-il se conduire de même avec Dieu, entrer, avec un calme parfait, dans la chambre où il se retire. Et nous obtiendrons absolument tout de lui, si nous lui demandons ce qui est utile. C’est un grand bien que la prière, quand elle part d’une âme reconnaissante et sage. Et maintenant, comment la prière montrera-t-elle notre reconnaissance? Si nous nous faisons une loi, non-seulement quand nous recevons, mais, de plus, quand nous ne sommes pas exaucés, de bénir le Seigneur. En effet, tantôt le Seigneur accorde, tantôt il n’accorde pis; mais, dans l’un et dans l’autre de ces deux cas, il agit utilement pour nous ; de sorte que, soit que vous receviez, soit que vous ne receviez pas, vous recevez cela même que vous n’avez pas reçu ; et si vous avez réussi , et si vous n’avez pas réussi, vous avez réussi en ne réussissant pas. C’est qu’en effet il y a des circonstances où il est plus utile pour nous de ne pas recevoir que de recevoir ; s’il n’était pas souvent de notre intérêt de ne pas recevoir , Dieu nous accorderait toujours; quand il est de notre intérêt de ne pas réussir, l’insuccès est un succès. Voilà pourquoi Dieu diffère souvent de nous accorder nos demandes; ce n’est pas pour nous faire languir ; quand il nous force à attendre le don, il nous exerce, et il fait bien, à l’assiduité dans la prière. Souvent nous recevons, et après avoir reçu, nous négligeons la prière; or Dieu , qui veut nous tenir constamment en éveil, diffère de nous accorder ce que nous désirons. C’est la conduite des bons pères, dont les enfants paresseux ne montrent d’ardeur que pour de puérils plaisirs ; les pères les retiennent auprès d’eux, en leur promettant un très-grand présent, et, pour les retenir, tantôt ils diffèrent, tantôt ils refusent absolument de donner. Il arrive aussi que nous voulons des choses nuisibles , et Dieu , qui comprend mieux que nous nos intérêts, n’écoute pas nos prières , aimant mieux nous procurer ce qui nous est utile, même à notre insu. Et qu’y a-t-il d’étonnant que nous ne soyons pas exaucés, quand la même chose est arrivée à Paul? Lui aussi souvent, n’a pas obtenu ce qu’il demandait, et, non-seulement il ne s’est pas affligé, mais encore il a rendu à Dieu des actions de grâces. « C’est pourquoi, » dit-il, « j’ai prié trois fois le Seigneur. » (II Cor. XII, 8. ) Cette expression « Trois fois » signifie souvent. Si Paul, après de fréquentes prières, n’a pas réussi , à bien plus forte raison nous convient-il, à nous, de persévérer. Mais voyons ce qu’il éprouvait, après avoir souvent demandé sans obtenir; non-seulement il ne s’affligeait pas, mais encore il se glorifiait de ce qu’il n’avait pas reçu. « J’ai prié trois fois le Seigneur, et il m’a répondu : Ma grâce vous suffit, car ma puissance éclate dans la faiblesse. » (II Cor. XII, 9. ) Et il continue: « Je prendrai donc plaisir à me glorifier de mes faiblesses.»

Passion de Notre Seigneur.jpg6. Comprenez-vous la reconnaissance, du serviteur? il demande à être affranchi de ses faiblesses ; Dieu ne lui accorde pas sa prière; et, non-seulement Paul ne s’afflige pas, mais il se glorifie de ses faiblesses. Faisons de même, nous aussi, disposons nos âmes de cette manière, et, que Dieu nous accorde ou ne nous accorde pas nos demandes, sachons dans les deux cas, le bénir, car, dans les deux cas, il agit selon nos intérêts. S’il a le pouvoir de donner, il s’ensuit qu’il a le pouvoir, et de donner, et de donner ce qu’il veut, et de ne pas donner. Vous ne connaissez pas vos intérêts aussi clairement que Dieu les tonnait; souvent vous demandez des choses nuisibles et funestes ; mais Dieu, plus jaloux que vous-mêmes de votre salut, ne regarde pas votre prière; avant votre prière, il regarde partout ce qui vous est utile. Si les pères selon la chair, n’accordent pas à leurs enfants tout ce qu’ils leur demandent, ce qui ne prouve pas qu’ils dédaignent leurs enfants, mais, au contraire, qu’ils ont pour eux la plus grande sollicitude, à bien plus forte raison, Dieu, qui nous aime davantage, qui connaît, mieux que personne, ce qui nous est utile, suit toujours la même conduite. Donc ne cessons pas de nous livrer à la prière, non-seulement pendant le jour, mais pendant la nuit. Ecoutez ce que dit le Prophète : « Je me levais au milieu de « la nuit, pour vous louer des jugements de « votre justice. » (Ps. CXVIII, 62.) Un roi, assiégé de tant de soucis, qui avait entre les mains le gouvernement de tant de peuples, de villes et de nations; qui avait à prendre soin de la paix, à terminer des guerres ; qui voyait toujours auprès de lui un tourbillon inexprimable d’affaires; qui n’avait pas le temps de respirer, non-seulement consacrait les jours, mais jusqu’aux nuits à la prière. Si un roi, fait pour mener une vie de délices, ayant tant de soucis, enveloppé dans tant d’affaires, ne trouvait pas de repos, même pendant la nuit, mais se livrait sans cesse à la prière, avec un soin plus scrupuleux que les moines des montagnes , quelle sera , répondez-moi , notre excuse, à nous, qui avons une liberté complète: qui nous sommes fait une vie indépendante, vide d’affaires, et qui non-seulement nous ensevelissons les nuits entières dans le sommeil, mais ne trouvons pas, même pendant le jour, des moments où notre âme s’éveille, pour la prière que nous devons au Seigneur? C’est une grande arme due la prière, c’est une belle parure que la prière, et une sûreté, et un port, et un trésor de biens, et une richesse que rien ne peut ravir. Quand nous avons besoin des hommes, nous avons besoin de faire des dépenses, et d’employer des flatteries serviles; et d’aller, et de venir, et de prendre beaucoup de peines et de soins ; car souvent nous ne pouvons pas nous adresser directement à ceux de qui dépend ce que nous demandons. Il faut d’abord aller trouver les ministres, les dispensateurs des grâces, et ceux qui sont chargés de répondre pour les hommes puissants ; et il faut, avec de l’argent, avec des paroles, par tous les moyens possibles, les adoucir, afin d’obtenir, par leur entremise, ce que nous demandons. Au contraire, avec Dieu, il n’en est pas de même; en le priant par les autres, nous obtenons moins vite ses faveurs qu’en les lui demandant nous-mêmes. Et, avec Dieu, celui qui reçoit, et celui qui ne reçoit pas, profitent; avec les hommes, au contraire, dans les deux cas, souvent, nous avons à nous plaindre. Eh bien ! donc, puisqu’il y a plus d’avantage, et plus de facilité, à s’approcher de Dieu, ne méprisons pas la prière. Voulez-vous trouver Dieu plus propice ? voulez-vous obtenir plus facilement ce que vous désirez ? invoquez-le vous-mêmes, avec la pureté des intentions, avec la sagesse de l’âme; ne le priez pas, par acquit de conscience, ce que font beaucoup de personnes, dont la langue prononce les paroles de la prière; dont la pensée , en même temps, reste souvent dans leur maison, ou se promène sur la place publique, à travers les rues, ce qui est un artifice du démon ; car, comme il sait qu’au moment de la prière, nous pouvons obtenir le pardon de nos péchés, jaloux de nous fermer ce port, il s’élève alors contre nous; il chasse notre pensée loin des paroles que nous prononçons, afin qu’au sortir de l’église , nous en retirions plus de perte que de profit.
Pénètre-toi, ô homme, de ces vérités, et, quand tu t’approches de Dieu, songe auprès de qui tu t’approches ; et il suffit, pour tenir ton esprit éveillé, de croire en Celui qui te donne ce que tu demandes; lève les yeux au ciel, et pense à qui ton discours s’adresse. Quand on parle à un homme, tant soit peu élevé aux honneurs de ce monde, le plus négligent s’excite de toutes manières, et se tient l’esprit en éveil; à bien pics forte raison, ferons-nous de même si nous pensons que nous nous adressons au Seigneur des anges; voilà qui suffira pour nous rendre attentifs. Voulez-vous un autre moyen, pour vous tirer de votre engourdissement? En voici un: souvent nous avons fait notre prière, et nous n’avons pas entendu un seul des mots que nous avons prononcés, et nous nous en allons; pensons à cela, et, tout de suite, reprenons notre prière. Et si la même distraction nous arrive deux fois, trois fois, quatre fois, reprenons autant de fois notre prière, et ne nous retirons pas avant de l’avoir dite tout entière d’un esprit bien attentif. Quand le démon comprendra que nous ne voulons pas nous retirer avant de l’avoir dite avec soin, avec un esprit constamment en éveil, il cessera de nous assaillir, puisqu’il verra que ces attaques ne servent qu’à nous forcer de recommencer souvent la même prière. Nous recevons tous les jours, mes bien-aimés, de nombreuses blessures, des gens de notre maison, des étrangers, sur la place, chez nous; de la part des hommes publics, de la part des particuliers; des voisins, des amis; à toutes ces blessures, appliquons les remèdes qui leur sont propres, la prière. Car Dieu, si nous le prions d’un esprit vigilant, d’une âme embrasée, d’un cœur ardent, peut nous accorder notre pardon, la rémission de toutes nos fautes. Puissions-nous l’obtenir tous, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartient, comme au Père, comme au Saint-Esprit, la gloire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Source : Homélie sur la Grande Semaine

Homélie de Saint Jean Chrysostome sur la « Grande Semaine » (I)

Avertissement – On ne saurait établir ni la date de cette homélie, ni le lieu où elle fut prononcée. Ce qui ressort de l’homélie même, c’est qu’elle fut donnée au moment où cesse le jeûne, au grand jour de la grande semaine, que nous appelons aujourd’hui la semaine sainte. Outre les développements indiqués par le titre même de l’homélie, on remarquera, sur cette pensée, comment notre corps est une lyre harmonieuse qui bénit et glorifie le Seigneur; sur l’efficacité du jeûne et de la prière, sur la nécessité, le devoir de bénir Dieu, en tout temps et pour toutes choses, des accents pathétiques, entraînants, dignes de saint Jean Chrysostome.

el niño divino1. Nous avons achevé la navigation du jeûne et nous voici, par la grâce de Dieu, arrivés au port. Mais ne nous négligeons pas, parce que nous sommes arrivés au port; au contraire redoublons de zèle, parce que nous avons atteint le terme du voyage. Ainsi font les pilotes; au moment de faire entrer dans le port un vaisseau chargé de blé et d’un poids énorme de marchandises, ils sont inquiets, ils prennent mille soins pour empêcher que le navire, après avoir traversé de si vastes mers, ne se brise contre un écueil, et ne sombre avec toutes les marchandises. Voilà les inquiétudes, les craintes que nous devons ressentir, nous aussi; au terme de la traversée gardons-nous de perdre le prix de nos fatigues. Voilà pourquoi nous devons redoubler de zèle. Ainsi font les coureurs encore : quand ils se voient arrivés au moment de recevoir leurs prix, c’est alors qu’ils redoublent de vitesse. Ainsi font les athlètes encore ; après les luttes et des victoires sans nombre, quand ils touchent au moment des couronnes, c’est alors qu’ils se dressent plus vivement, qu’ils font de plus généreux efforts. Faisons donc de même, nous aussi, maintenant. En effet, ce qu’est le port pour les pilotes, le prix, pour les coureurs, la couronne, pour les athlètes, la semaine où nous sommes est tout cela pour nous. C’est la source de nos biens, et il s’agit maintenant de se disputer les couronnes; et voilà pourquoi la présente semaine s’appelle la Grande Semaine. Ce n’est pas que les jours y soient plus longs que dans les autres; d’autres semaines, en effet, ont des jours plus longs. Ce n’est pas que les jours y soient plus nombreux; car, dans toutes les semaines, le nombre des jours est le même; mais c’est que, dans cette semaine, Dieu a fait des choses particulièrement glorieuses, c’est dans cette Grande Semaine que la longue tyrannie du démon a été brisée, que la mort a été éteinte, que celui qui était fort, a été enchaîné; ses vases ont été pillés; le péché enlevé; la malédiction effacée; le paradis s’est ouvert; le ciel est devenu accessible, les hommes se sont mêlés aux anges; le mur qui séparait (330) tout; a disparu; le voile a été enlevé; le Dieu de paix a étendu la paix dans le ciel et sur la terre. Aussi l’appelle-t-on la Grande Semaine, et, de même qu’elle est la première des autres semaines, de même le grand jour du sabbat est le premier de ces jours, et ce que la tête est pour le corps, le sabbat l’est pour cette semaine. Aussi, dans cette semaine, un grand nombre de personnes montre un zèle plus ardent; les unes ajoutent à l’austérité de leur jeûne ; les autres prolongent leurs veilles sacrées ; d’autres font des aumônes plus abondantes, et le zèle qu’elles montrent pour les bonnes œuvres, et leur application à la piété, attestent la grandeur du bienfait que Dieu nous a accordé. De même qu’au jour où. le Seigneur ressuscita Lazare, tous les habitants tic Jérusalem coururent au-devant de lui, et leur grand nombre attestait qu’il avait ressuscité un mort ( car l’empressement de tous ceux qui accouraient, était une preuve du miracle) ; de même, aujourd’hui, le zèle que fait éclater cette Grande Semaine, est un témoignage, une démonstration des grandes choses qui s’y sont opérées. Et en effet, nous ne sortons pas d’une seule cité, nous qui courons aujourd’hui au-devant du Christ . ce n’est pas la seule Jérusalem, c’est la terre entière qui envoie au-devant de Jésus ses églises, riches de peuples qui ne tiennent pas, qui ne secouent pas dans leurs mains des rameaux de palmier, mais qui portent l’aumône, l’humanité, la vertu, le jeûne, les larmes, les prières, les veilles, toutes les fleurs de la piété, pour les offrir à Notre-Seigneur, au Christ.
Et nous ne sommes pas les seuls à vénérer cette semaine; les empereurs, qui commandent à notre terre, l’honorent aussi d’une manière toute spéciale, et ils décrètent la suspension de toutes les affaires publiques dans les cités, afin que, libres de soins, tous les chrétiens Honorent ces jours d’un culte spirituel. Voilà pourquoi ils ont fermé les portes des tribunaux. Trêve, disent-ils, à tous les procès, querelles, contentions, supplices ; que les mains des bourreaux se reposent un peu. Les merveilles du Seigneur sont pour tous; faisons aussi, nous, les esclaves du Seigneur, quelque bien qui s’étende; à tous. Et ce n’est pas seulement ce zèle; cet hommage qui témoigne de leur vénération et de leur respect; ils en donnent une autre preuve, non moins considérable ; des lettres impériales sont envoyées pour ordonner de délier, dans les prisons, les chaînes des détenus. De même que Notre-Seigneur, descendu aux enfers, a délivré tous ceux qui étaient au pouvoir de la mort, de même les serviteurs de Dieu, faisant ce qui est en leur pouvoir, imitent la bonté du Seigneur, et délivrent des chaires sensibles, s’ils ne peuvent pas faire tomber les chaînes spirituelles.

2. Et nous aussi, nous vénérons cette Semaine; et moi, sorti avec vous, portant en guise de rameau la parole qui nous instruit, j’ai déposé mes deux petites pièces de monnaie, à l’exemple de la veuve de l’Evangile (Luc, XXI, 2.) « Ils sortirent alors, portant des branches  d’arbres et ils criaient: Hosanna au plus haut des cieux, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Matth. XXI, 9.) Sortons donc, nous aussi, et, au lieu de branches d’arbres, montrons les dispositions d’une âme en fleurs, et crions ce que nous avons chanté aujourd’hui : « O mon âme, louez le Seigneur! je louerai le Seigneur pendant ma vie. » (Ps. CXLV, 2.) C’est David qui prononce la première parole, et celle qui suit est également de lui; je me trompe, ni l’une ni l’autre ne sont de David, niais l’une et l’autre appartiennent à la divine grâce. C’est le Prophète qui a parlé; mais ce qui a fait parler la langue du Prophète, c’est l’Esprit consolateur. Aussi, dit le Psalmiste, « ma langue est la plume de l’écrivain, qui écrit très-vite. » (Ps, XLIV, 2.) De même que la plume n’écrit pas de son propre mouvement, mais par la vertu de la. main qui la fait mouvoir; ainsi la langue des prophètes ne parlait pas d’elle-même, mais parla grâce de Dieu. Maintenant, pourquoi le Psalmiste n’a-t-il pas dit seulement: Ma langue est la plume d’un écrivain, mais: « La plume de l’écrivain, qui écrit très-vite ? » C’est pour vous apprendre que la sagesse est chose spirituelle; de là sa facilité, sa rapidité. En effet, quand les hommes parlent d’eux- mêmes,. ils composent, ils délibèrent, ils hésitent,, ils emploient beaucoup de temps; le Prophète, au contraire, sentait les parons jaillir pour lui comme d’une source; il n’éprouvait aucun obstacle; les pensées coulant à flots surpassaient la rapidité de sa langue; de là ce qu’il dit : « Ma langue est la plume de l’écrivain, qui écrit très-vite. » Ce sont comme des flots dont ma langue est inondée; de là, la vitesse, la rapidité. Nous n’avons besoin, nous, ni de réflexions, ni de méditation, ni de travail.
Mais voyons ce que signifie, « O mon âme, louez le Seigneur! » Chantons, nous aussi, avec David, ces paroles en ce jour; si le corps de David n’est pas présent au milieu de nous, son esprit est présent. Voulez-vous la preuve que les justes sont présents au milieu de nous, qu’ils chantent avec nous ? Ecoutez la réponse d’Abraham au riche. En effet, « celui ci lui disait: envoyez-moi Lazare, afin que mes frères, apprenant ce qui se passe dans l’enfer, se corrigent. Abraham lui répond : ils ont Moïse et les prophètes. » (Luc, XVI, 24, 28, 29.) Or, il y avait longtemps que Moïse et les prophètes étaient morts, quant à leurs corps; mais, par leurs écrits, ils se trouvaient au milieu des Juifs. Si l’image inanimée d’un fils ou d’un ami vous fait croire à la présence de celui qui n’est plus, si cette image inanimée vous le montre, à bien plus forte raison, jouissons-nous, par les saintes Ecritures, du commerce des Saints; nous n’avons pas leurs û)i lis, mais nous avons les images de leurs âmes; les paroles dites par eux, sont les images de leurs âmes. Voulez-vous la preuve que les justes sont vivants et présents? On ne prend jamais les morts à témoin. Eh bien ! le Christ les a pris à témoin de sa divinité, et particulièrement David, afin de vous apprendre que David est vivant. Les Juifs doutaient de la divinité du Christ: il leur dit: « Que vous semble du Christ? De qui est-il fils ? Ils lui répondent: De David. Et comment donc, » leur dit-il, « David l’appelle-t-il, en esprit, son Seigneur par ces paroles: Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Asseyez-vous à ma droite? » (Matth. XXII, 42, 44; Ps. CIX, 1.) Comprenez-vous que David est vivant? S’il n’était pas vivant, Jésus-Christ ne l’aurait pas pris comme témoin de sa divinité. Jésus-Christ ne dit pas : Et comment donc David l’a-t-il appelé en esprit son Seigneur? Mais. « l’appelle-t-il son Seigneur? » pour montrer qu’il est encore présent, et qu’il parle par ses écrits. Il chantait autrefois ses psaumes ; chantons avec David aujourd’hui; David avait une cithare, faite de cordes inanimées; l’Eglise a une cithare, faite de cordes vivantes; nos langues sont les cordes de la cithare, elles font entendre avec la diversité des sons, l’harmonie de la piété; les femmes, les hommes, les vieillards, les jeunes gens se distinguent par l’âge; mais non par le chant des hymnes ; l’Esprit-Saint, modifiant chaque voix une à une, ne compose, de toutes les voix, qu’une seule mélodie, ce qu’a exprimé David lui-même, en appelant tous les âges, les deux sexes à ce concert. « Que tout esprit loue le Seigneur; ô mon âme, louez le Seigneur. » Pourquoi a-t-il oublié la chair? pourquoi ne s’adresse-t-il pas du tout au corps ? A-t-il fait deux parts de l’être vivant ? Nullement; mais il excite d’abord l’artiste. Ce qui prouve qu’il n’a pas fait deux parts, l’une du corps, l’autre de l’âme, c’est ce qu’il dit, écoutez :  « Mon Dieu, mon Dieu, je veille, et j’aspire vers vous, dès que la lumière paraît; mon âme brûle d’une soif ardente pour vous, et en combien de manières nia chair se sent-elle aussi pressée de cette ardeur! » (LXII, 2.) Mais montrez-moi, me dit-on, que le Psalmiste, convie la chair aussi à faire entendre des hymnes : « Mon âme, bénissez le Seigneur, et que tout ce qui est au-dedans de moi, bénisse son saint nom. » (Ps. CII, 1.) Voyez-vous que la chair aussi prend part au concert? Que signifient ces paroles: « Et que tout ce qui est au dedans de moi, bénisse son saint nom? » Le Psalmiste entend par là les nerfs, les os, les veines, les artères, et toutes les parties à l’intérieur.

sacré coeur enfant jésus3. Mais comment les parties, qui sont dans notre corps, peuvent-elles bénir Dieu ? elles n’ont pas de voix, elles n’ont pas de bouche, elles n’ont pas de langue; l’âme a ce pouvoir, mais les parties, intérieures de notre corps, comment l’auraient-elles ? comment pourraient-elles, sans voix, sans langue, sans bouche, bénir le Seigneur? De la même manière que « les cieux racontent la gloire de Dieu. » (Ps. XVIII, 1.) De même que le ciel n’a ni langue, ni bouche, ni lèvres, mais, par la beauté du spectacle qu’il présente, saisit les spectateurs, des merveilles qu’il étale, et les porte à bénir Celui qui l’a créé ; de même, les parties intérieures de notre corps étonnent la pensée qui considère tant de fonctions diverses, d’opérations, de force, d’harmonie, et toutes les beautés de forme, de position; les lois mathématiques qui gouvernent le tout avec tant d’ensemble, et l’on s’écrie comme le Prophète : « Que vos ouvrages sont magnifiques, ô Seigneur ! vous avez tout fait avec sagesse. » (Ps. CIII, 24.) Voyez-vous comme nos entrailles, sans voix, sans bouche, sans langue, bénissent le Seigneur? Pourquoi donc le Psalmiste s’adresse-t-il à son âme? C’est pour empêcher, pendant que la langue fait entendre des sons, (332) que l’âme ne s’égare, ne se laisse distraire, ce qui nous arrive souvent lorsque nous prions, que nous chantons des hymnes. Le Psalmiste veut le concert de l’âme et du corps. Quand vous priez sans écouter les paroles divines, comment voulez-vous que Dieu écoute votre supplication ? Donc, si le Psalmiste dit : « O mon âme, louez le Seigneur, » c’est pour faire entendre ceci : les supplications doivent partir du dedans de notre être, des profondeurs de notre coeur. C’est ainsi que Paul dit : « Je prierai de coeur, et je prierai aussi avec intelligence. » (I Cor. XIV, 15.) L’âme est un musicien excellent, c’est un artiste; son instrument, c’est le corps qui lui tient lieu de cithare, de flûte et de lyre. Les autres musiciens n’ont pas toujours tous leurs instruments; tantôt ils les prennent, tantôt ils les mettent de côté ; ils ne font pas entendre perpétuellement leur mélodie; et par conséquent, ils n’ont pas toujours leurs instruments entre les mains. Mais Dieu, qui veut t’apprendre que toi , tu dois toujours le glorifier et le bénir, a pris soin de te donner un instrument; d’attacher à ta personne un instrument qui ne te quitte pas. Ce qui prouve qu’il faut le louer toujours, ce sont ces paroles de l’Apôtre : « Priez sans cesse, rendez grâces à Dieu en toutes choses. » (I Thess. V, 17, 18.) Donc, comme il faut le prier sans cesse, sans cesse l’instrument se trouve attaché à l’artiste. « O mon âme, louez le Seigneur; » il n’y avait d’abord qu’une voix qui faisait entendre ces paroles, la voix de David; mais maintenant qu’il est mort, d’innombrables langues répètent ces paroles, non-seulement chez nous, mais par toute la terre. Comprenez-vous bien qu’il n’est pas mort, qu’il est vivant? Comment serait-il mort, celui qui a tant de langues, et qui parle par tant de bouches? En -vérité c’est une grande chose que l’hymne de la louange ; c’est l’âme qui se purifie, c’est la ferveur qui se saisit de nous.
Voulez-vous comprendre l’efficacité des hymnes qui s’élèvent vers Dieu? En chantant des hymnes, les trois jeunes gens ont éteint la fournaise de Babylone; disons mieux, ils ne l’ont pas éteinte, mais ce qui est bien plus merveilleux , ils ont foulé sous leurs pieds, comme si c’était de la boue, la flamme brûlante ; l’hymne faisant son entrée dans la prison de Paul, a fait tomber ses liens , a ouvert les portes de son cachot, a ébranlé les fondations de l’édifice, a rempli le geôlier d’épouvante. « Au milieu de la nuit, » dit l’Ecriture, « Paul et Silas chantaient des hymnes. » (Act. XVI, 25.) Et ensuite, qu’est-il arrivé? Vous le demandez ? Ce qui surpasse toute attente, toute croyance; les liens sont tombés, et ceux qui étaient liés, ont enchaîné ceux qui n’avaient pas de liens. Cependant, à quoi servent les liens ? A tenir fortement enchaîné celui qu’ils serrent, à l’assujettir à ses gardiens. Or, voyez, le geôlier, qui n’était pas enchaîné, est venu se mettre aux pieds de Paul, chargé de liens. Les liens sensibles contiennent celui qui est lié ; les liens du Christ, au contraire, ont la vertu de soumettre ceux qui ne sont pas enchaînés à ceux qui sont chargés de fers. Le geôlier avait jeté les captifs dans l’intérieur de la prison, et ces prisonniers de l’intérieur, ont ouvert les portes du dehors ; le geôlier, avec du bois (Il s’agit ici de l’instrument de torture, nommé cep, qui était en bois et servait à garrotter les prisonniers.), avait fait des entraves à leurs pieds, et ces pieds, chargés d’entraves, ont rendu libres des mains captives. « Enfin, » dit l’Écriture, « le geôlier tomba à ses pieds, saisi de crainte, tremblant, gémissant, tourmenté, versant des larmes. » (Act. XVI, 29.) Que se passe-t-il donc? Ne l’avais-tu pas enchaîné? Ne l’avais-tu pas mis en un lieu dont tu étais sûr? Et pourquoi t’étonner, ô homme, qu’il ait ouvert la porte de la prison, celui qui a reçu la puissance d’ouvrir le ciel? « Tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié aussi dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre, sera aussi délié dans le ciel. » (Matt. XVIII, 18.) Il a fait tomber les liens des péchés, pourquoi t’étonner qu’il ait fait tomber des liens de fer? Il a fait tomber les liens des démons, il a affranchi les âmes enchaînées par eux, pourquoi t’étonner qu’il ait délivré les prisonniers? Et voyez, le miracle est double : il a délié et il a enchaîné, il a délié les liens et il a enchaîné les cœurs. Les prisonniers ne savaient pas qu’ils étaient déliés ; il a ouvert et il a fermé; il a ouvert les portes de la prison, et il a fermé les yeux des prisonniers, de telle sorte qu’ils ne s’aperçurent pas que les portes étaient ouvertes, et qu’ils n’en profitèrent pas pour prendre la fuite. Avez-vous bien compris ce miracle qui lie et délie, qui ouvre et qui ferme ?

Source : Homélie sur la Grande Semaine

Le rite de paix n’est pas une manifestation collective de convivialité ou de bons sentiments

“Je vous donne ma paix” Jn 14, 27

La vraie paix vient du Christ présent dans l’Eucharistie

Le 7 juin 2014, le Pape François a ordonné que soit publiée une lettre circulaire adressée aux évêques du monde entier au sujet de la pratique du signe de paix au cours de la Messe. La circulaire romaine rappelle que ce geste facultatif doit être fait avec sobriété et rappelle certaines normes à observer. On y lit notamment :

“De toute manière, il sera nécessaire que, au moment du signe de la paix, on veille à proscrire définitivement certains abus comme:
– l’introduction d’un «chant pour la paix», qui n’est pas prévu dans le Missel Romain.
– pour les fidèles, le fait de se déplacer pour échanger entre eux le signe de la paix.
– pour le prêtre, le fait de quitter l’autel pour donner la paix à quelques fidèles.
– le fait que le geste de la paix soit l’occasion d’exprimer des congratulations, des vœux de bonheur ou des condoléances aux personnes présentes, dans certaines circonstances, comme, par exemple, à l’occasion des solennités de Pâques et de Noël, ou durant des célébrations de rites, comme le Baptême, la Première Communion, la Confirmation, le Mariage, les sacrées Ordinations, les Professions religieuses et les Obsèques.”

Le document de référence :

> La Lettre circulaire du Saint-Siège en français

> La lettre circulaire du Saint-Siège en italien

> La lettre circulaire du Saint-Siège en espagnol

Quelques articles écrits à ce sujet :

> Le pape précise les conditions du signe de la paix à la messe

> Sur le geste de paix

> La signification rituelle du don de la paix pendant la messe

> Précision du Saint Siège à propos du geste de Paix de la messe

> Pace sì ma senza confusioni

 

Source de l’image : Riposte catholique