« Lettres de mon moulin » : La conversion passe par la confession !

Le curé de Cucugnan.PNG

Tous les ans, à la Chandeleur les poètes provençaux publient en Avignon un joyeux petit livre rempli jusqu’aux bords de beaux vers et de jolis contes. Celui de cette année m’arrive à l’instant, et j’y trouve un adorable fabliau que je vais essayer de vous traduire en l’abrégeant un peu… Parisiens, tendez vos mannes. C’est de la fine fleur de farine provençale qu’on va vous servir cette fois…

L’abbé Martin était curé… de Cucugnan.

Bon comme le pain, franc comme l’on il aimait paternellement ses Cucugnanais ; pour lui, son Cucugnan aurait été le paradis sur terre, si les Cucugnanais lui avaient donné un peu plus de satisfaction. Mais, hélas ! les araignées filaient dans son confessionnal, et, le beau jour de Pâques, les hosties restaient au fond de son saint ciboire.

Le bon prêtre en avait le coeur meurtri, et toujours il demandait à Dieu la grâce de ne pas mourir avant d’avoir ramené au bercail son troupeau dispersé.

Or, vous allez voir que Dieu l’entendit.

Un dimanche, après l’Évangile, M. Martin monta en chaire.

– Mes frères, dit-il, vous me croirez si vous voulez : l’autre nuit, je me suis trouvé, moi misérable pécheur, à la porte du paradis.

« Je frappai : saint Pierre m’ouvrit !

«- Tiens ! c’est vous, mon brave monsieur Martin, me fuit ; quel bon vent… ? et qu’y a-t-il pour votre service ?

«- Beau saint Pierre, vous qui tenez le grand livre et la clef, pourriez-vous me dire, si je ne suis pas trop curieux, combien vous avez de Cucugnanais en paradis ?

«- Je n’ai rien à vous refuser, monsieur Martin ; asseyez-vous, nous allons voir la chose ensemble.

« Et saint Pierre prit son gros livre, l’ouvrit, mit ses besicles :

«- Voyons un peu : Cucugnan, disons-nous. Cu… Cu… Cucugnan. Nous y sommes. Cucugnan… Mon brave monsieur Martin, la page est toute blanche. Pas une âme… Pas plus de Cucugnanais que d’arêtes dans une dinde.

«- Comment ! Personne de Cucugnan ici ? Personne ? Ce n’est pas possible ! Regardez mieux…

«- Personne, saint homme. Regardez vous-même si vous croyez que je plaisante.

« Moi, pécaïre!,je frappais des pieds, et les mains jointes, je criais miséricorde.

Alors, saint Pierre :

«- Croyez-moi, monsieur Martin, il ne faut pas ainsi vous mettre le coeur à l’envers, car vous pourriez en avoir quelque mauvais coup de sang. Ce n’est pas votre faute, après tout. Vos Cucugnanais, voyez-vous, doivent faire à coup sûr leur petite quarantaine en purgatoire.

«- Ah ! par charité, grand saint Pierre! faites que je puisse au moins les voir et les consoler

«- Volontiers, mon ami… Tenez, chaussez vite ces sandales, car les chemins ne sont pas beaux de reste… Voilà qui est bien… Maintenant, cheminez droit devant vous. Voyez-vous là-bas, au fond, en tournant ? Vous trouverez une porte d’argent toute constellée de croix noires… à main droite… Vous frapperez, on vous ouvrira… Adessias ! Tenez-vous sain et gaillardet.

« Et je cheminai… je cheminai ! Quelle battue! j’ai la chair de poule, rien que d’y songer. Un petit sentier, plein de ronces, d’escarboucles qui luisaient et de serpents qui sifflaient, m’amena jusqu’à la porte d’argent.

«- Pan ! pan !

«- Qui frappe ? me fait une voix rauque et dolente.

«- Le curé de Cucugnan.

«- De… ?

«- De Cucugnan.

«- Ah !… Entrez.

« J’entrai. Un grand bel ange, avec des ailes sombres comme la nuit, avec une robe resplendissante comme le jour, avec une clef de diamant pendue à sa ceinture, écrivait, cra-cra, dans un grand livre plus gros que celui de saint Pierre…

«- Finalement, que voulez-vous et que demandez-vous ? dit l’ange.

«- Bel ange de Dieu, je veux savoir, – je suis bien curieux peut-être, – si vous avez ici les Cucugnanais.

«- Les… ?

«- Les Cucugnanais, les gens de Cucugnan… que c’est moi qui suis leur prieur.

«- Ah ! I’abbé Martin, n’est-ce pas ?

«- Pour vous servir monsieur l’ange.

«- Vous dites donc Cucugnan…

« Et l’ange ouvre et feuillette son grand livre, mouillant son doigt de salive pour que le feuillet glisse mieux…

«- Cucugnan, dit-il en poussant un long soupir… Monsieur Martin, nous n’avons en purgatoire personne de Cucugnan.

«- Jésus! Marie! Joseph! personne de Cucugnan en purgatoire ! ô grand Dieu ! où sont-ils donc ?

«- Eh ! saint homme, ils sont en paradis. Où diantre voulez-vous qu’ils soient ?

«- Mais j’en viens, du paradis…

«- Vous en venez ! !… Eh bien ?

«- Eh bien ! ils n’y sont pas !… Ah ! bonne. mère des anges !…

«- Que voulez-vous, monsieur le curé ! s’ils ne sont ni en paradis ni en purgatoire, il n’y a pas de milieu, ils sont…

«- Sainte croix ! Jésus, fils de David ! Aï! aï! aï! est-il possible?… Serait-ce un mensonge du grand saint Pierre ?… Pourtant je n’ai pas entendu chanter le coq !… Aï! pauvres nous ! Comment irai-je en paradis si mes Cucugnanais n’y sont pas ?

«- Écoutez, mon pauvre monsieur Martin, puisque vous voulez, coûte que coûte, être sûr de tout ceci, et voir de vos yeux de quoi il retourne, prenez ce sentier, filez en courant, si vous savez courir… Vous trouverez, à gauche, un grand portail. Là, vous vous renseignerez sur tout. Dieu vous le donne !

« Et l’ange ferma la porte.

« C’était un long sentier tout pavé de braise rouge. Je chancelais comme si j’avais bu ; à chaque pas, je trébuchais ; j’étais tout en eau, chaque poil de mon corps avait sa goutte de sueur, et je haletais de soif… Mais, ma foi, grâce aux sandales que le bon saint Pierre m’avait prêtées, je ne me brûlais pas les pieds.

« Quand j’eus fait assez de faux pas clopin-clopant, je vis à ma main gauche une porte… non, un portail, un énorme portail, tout bâillant, comme la porte d’un grand four Oh ! mes enfants, quel spectacle ! Là, on ne demande pas mon nom ; là, point de registre. Par fournées et à pleine porte, on entre là, mes frères, comme le dimanche vous entrez au cabaret. « Je suais à grosses gouttes, et pourtant j’étais transi, j’avais le frisson. Mes cheveux se dressaient. Je sentais le brûlé, la chair rôtie, quelque chose comme l’odeur qui se répand dans notre Cucugnan quand Éloy, le maréchal, brûle pour la ferrer la botte d’un vieil âne. Je perdais haleine dans cet air puant et embrasé ; j’entendais une clameur horrible, des gémissements, des hurlements et des jurements.

«- Eh bien, entres-tu ou n’entres-tu pas, toi ? – me fait, en me piquant de sa fourche, un démon cornu.

«- Moi ? Je n’entre pas. Je suis un ami de Dieu.

«- Tu es un ami de Dieu… Eh ! b… de teigneux ! que viens-tu faire ici ?…

«- Je viens… Ah ! ne m’en parlez pas, que je ne puis plus me tenir sur mes jambes… Je viens… je viens de loin… humblement vous demander… si… si, par coup de hasard… vous n’auriez pas ici… quelqu’un… quelqu’un de Cucugnan…

– Ah ! feu de Dieu ! tu fais la bête, toi, comme si tu ne savais pas que tout Cucugnan est ici. Tiens, laid corbeau, regarde, et tu verras comme nous les arrangeons ici, tes fameux Cucugnanais…

« Et je vis, au milieu d’un épouvantable tourbillon de flamme :

« Le long Coq-Galine,

– vous l’avez tous connu, mes frères,

– Coq-Galine, qui se grisait si souvent, et si souvent secouait les puces à sa pauvre Clairon.

« Je vis Catarinet… cette petite gueuse… avec son nez en l’air… qui couchait toute seule à la grange… Il vous en souvient, mes drôles !… Mais passons, j’en ai trop dit.

« Je vis Pascal Doigt-de-Poix, qui faisait son huile avec les olives de M. Julien.

« Je vis Babet la glaneuse, qui, en glanant, pour avoir plus vite noué sa gerbe, puisait à poignées aux gerbiers.

« Je vis maître Grapasi, qui huilait si bien la roue de sa brouette. « Et Dauphine, qui vendait si cher l’eau de son puits.

« Et le Tortillard, qui, lorsqu’il me rencontrait portant le bon Dieu, filait son chemin, la barrette sur la tête et la pipe au bec… et fier comme Artaban… comme s’il avait rencontré un chien.

« Et Coulau avec sa Zette, et Jacques et Pierre, et Toni… »

Ému, blême de peur, l’auditoire gémit, en voyant, dans l’enfer tout ouvert, qui son père et qui sa mère, qui sa grand-mère et qui sa soeur…

– Vous sentez bien, mes frères, reprit le bon abbé Martin, vous sentez bien que ceci ne peut pas durer. J’ai charge d’âmes, et je veux, je veux vous sauver de l’abîme où vous êtes tous en train de rouler tête première. Demain je me mets à l’ouvrage, pas plus tard que demain. Et l’ouvrage ne manquera pas ! Voici comment je m’y prendrai. Pour que tout se fasse bien, il faut tout faire avec ordre. Nous irons rang par rang, comme à Jonquières quand on danse.

« Demain lundi, je confesserai les vieux et les vieilles. Ce n’est rien.

« Mardi, les enfants. J’aurai bientôt fait.

« Mercredi, les garçons et les filles. Cela pourra être long.

« Jeudi, les hommes. Nous couperons court.

« Vendredi, les femmes. Je dirai : Pas d’histoires !

« Samedi, le meunier !… Ce n’est pas trop d’un jour pour lui tout seul…

« Et, si dimanche nous avons fini, nous serons bien heureux.

« Voyez-vous, mes enfants, quand le blé est mûr il faut le couper ; quand le vin est tiré, il faut le boire. Voilà assez de linge sale, il s’agit de le l’aven et de le bien laver.

« C’est la grâce que je vous souhaite. Amen ! »

Ce qui fut dit fut fait. On coula la lessive. Depuis ce dimanche mémorable, le parfum des vertus de Cucugnan se respire à dix lieues à l’entour.

Et le bon pasteur M. Martin, heureux et plein d’allégresse, a rêvé l’autre nuit que, suivi de tout son troupeau, il gravissait, en resplendissante procession, au milieu des cierges allumés, d’un nuage d’encens qui embaumait et des enfants de choeur qui chantaient Te Deum, le chemin éclairé de la cité de Dieu.

Et voilà l’histoire du curé de Cucugnan, telle que m’a ordonné de vous le dire ce grand gueusard de Roumanille, qui la tenait lui-même d’un autre bon compagnon.

Source : Daudet, A. Lettre de mon Moulin

Publicités

« Celui qui habite sous la protection du Très-Haut reposera à l’ombre du Dieu du ciel. » (Ps 90)

« Celui qui habite » : voilà la clé de ce psaume 90. Chant de combat, mais de combat spirituel dont tout l’enjeu est d’habiter, de demeurer en Dieu, de vivre avec lui, malgré toutes les tentations.

* Qui habitat in adiutorio Altissimi * in protectione Dei caeli commorabitur.
* Dicet Domino susceptor meus es tu et refugium meum * Deus meus sperabo in eum.
* Quoniam ipse liberabit me de laqueo venantium * et a verbo aspero.
* Scapulis suis obumbrabit tibi * et sub pinnis eius sperabis.
* Scuto circumdabit te veritas eius * non timebis a timore nocturno.
* A sagitta volante in die * a negotio perambulante in tenebris * ab incursu et daemonio meridiano.
* Cadent a latere tuo mille * et decem milia a dextris tuis * ad te autem non appropinquabit.
* Quoniam tu es Domine spes mea * Altissimum posuisti refugium tuum.
* Quoniam angelis suis mandabit de te * ut custodiant te in omnibus viis tuis.
* In manibus portabunt te * ne forte offendas ad lapidem pedem tuum.
* Super aspidem et basiliscum ambulabis * et conculcabis leonem et draconem.
* Quoniam in me speravit et liberabo eum * protegam eum quia cognovit nomen meum.
* Invocabit me et ego exaudiam eum * cum ipso sum in tribulatione * eripiam eum et clarificabo eum.
* Longitudine dierum replebo eum * et ostendam illi salutare meum.

* Celui qui habite sous la protection du Très-Haut reposera à l’ombre du Dieu du ciel.
* Il dira au Seigneur : « Vous êtes mon protecteur et refuge, mon Dieu en qui j’espérerai. »
* Car c’est lui qui m’a délivré du filet des chasseurs et des paroles amères.
* Il te couvrira de ses ailes, et sous ses ailes tu espèreras.
* Sa vérité t’entourera comme un bouclier, tu ne craindras pas les terreurs de la nuit.
* Ni la flèche qui vole pendant le jour, ni l’ennemi qui rôde dans les ténèbres, ni l’ennemi qui attaque en plein midi.
* Il en tombera mille à ta gauche, dix mille à ta droite ; et toi, tu ne seras pas atteint.
* Car Dieu a ordonné à ses anges de te garder en toutes tes voies.
* Ils te porteront sur leurs mains, de peur que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.
* Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.
* Parce qu’il a espéré en moi, je le délivrerai ; parce qu’il a connu mon nom, je le protégerai.
* Il m’invoquera et moi, je l’exaucerai ; je suis avec lui dans la tribulation.
* Je le délivrerai et je le glorifierai ; je le comblerai de longs jours, et je lui manifesterai mon salut. »

(Missel quotidien complet, Le Barroux : Editions Sainte-Madeleine. 2013. 198-200.)

[Audio] « La conversion des musulmans »: conférence de l’abbé Guy Pagès

Conférence de l’abbé Guy Pagès à Bruxelles le 26 janvier 2016 : « La conversion des musulmans ». L’abbé Pagès explique pourquoi il est important d’annoncer l’Évangile aux musulmans, et ce qu’il faut savoir pour le faire. Quels sont les obstacles à l’évangélisation des musulmans, et comment les surmonter ?

L’abbé Guy Pagès a été ordonné prêtre en 1994 pour le diocèse de Paris. Il a été missionnaire en République islamique de Djibouti et vit actuellement à Paris où il exerce un apostolat pour l’évangélisation des musulmans.

Il peut y avoir un petit temps d’attente avant le démarrage de l’enregistrement. Merci pour votre patience.

Enregistrement: Espérance Nouvelle
Image: Espérance Nouvelle

Chanter rend heureux !

Bref compte-rendu du week-end de formation à la direction de choeur organisé par l’Association des Guides et Scouts d’Europe, l’association nationale française de l’UIGSE – FSE.

« Le chant embellit la vie et ceux qui chantent embellissent la vie des autres » disait Zoltan Kodaly, compositeur hongrois. Des guides-aînées et routiers, des anciens ou amis du mouvement, l’ont pris au mot et ont décidé de se former pour faire chanter chorales scoutes, paroissiales ou de jeunes. Depuis seize ans, l’équipe technique nationale (ETN) Animation de chants organise pour eux  un week-end de formation qui connaît un succès constant. Les 30 et 31 janvier 2016, ils étaient quarante-quatre stagiaires réunis à Château-Landon, venus de toute la France et même d’Espagne, notamment les chefs de chœur et de pupitre des chorales Guides et Scouts d’Europe de Toulouse, Tours, Orléans, Paris, Lille, Dijon et Strasbourg.

AGSE – Marie de Bonnaventure

L’entrée en Carême avec Saint Léon le Grand

Nous possédons douze sermons que le pape saint Léon le Grand (440-461) a prononcés au début du Carême, à l’occasion du premier dimanche. Les idées qu’il y développe, les conseils qu’il y donne, sont une expression authentique de la tradition de l’Église pour la pratique de ce temps liturgique. Sans doute en avait-il reçu les éléments des Pères qui l’ont précédé, saint Augustin surtout, mais on peut dire qu’il leur a donné un tour achevé, dans cette belle langue oratoire qui est la sienne, encore proche du latin classique. Ces idées, ces conseils, sont simples et peu nombreux, la doctrine en est ferme, éloignée des subtilités philosophiques ou théologiques auxquelles son esprit, avant tout pratique, était peu porté ; l’expression en est multiforme, car il revient souvent sur les mêmes sujets et ne craint pas de se répéter ; aussi nous est-il facile de choisir parmi les textes ceux qui conviennent le mieux à notre dessein, lequel sera de rechercher dans quelles dispositions doit se mettre le chrétien abordant le Carême, s’il veut retirer de la pratique de ce temps salutaire tout le fruit spirituel qu’on en peut attendre.

Qu’est-ce que le carême ?

Et tout d’abord saint Léon donne-t-il des définitions du Carême ? Si oui, elles pourront nous éclairer sur l’idée qu’il s’en fait. Effectivement, il l’appelle un « service plus empressé du Seigneur » (1,3)[1], une « compétition de saintes œuvres » (ibid.), un « stade où l’on combat par le jeûne » (1,5), un « accroissement de toute la pratique religieuse » (II, 1), un « temps où la guerre est déclarée aux vices, où s’accroît le progrès de toutes les vertus » (II, 2), « le plus grand et le plus sacré des jeûnes » (IV, 1 ; XI, 1), un « entraînement de quarante jours » (IV, 1), les « jours mystiques et consacrés aux jeûnes salutaires » (IV, 2), les jours « plus spécialement marqués par le mystère de la restauration humaine » (VI, 1), etc. Autant d’expressions qui suggèrent les idées d’exercice, de lutte, de ferveur religieuse, d’espérance aussi. Nous allons les retrouver, ces idées, tout au long de l’analyse détaillée qu’il nous faut entreprendre maintenant.

Il faut se réveiller par l’attention

En premier lieu, c’est un appel à l’attention, à l’intérêt, au désir, que saint Léon, avec la liturgie du premier dimanche, adresse à son auditeur, l’empruntant à l’Apôtre : « C’est maintenant le temps vraiment favorable, c’est aujourd’hui le jour du salut. » Sans doute c’est en tout temps que Dieu nous appelle, c’est en tout temps que « la grâce de Dieu nous ménage l’accès à sa miséricorde » (IV, 1). Cependant cette grâce est plus abondante à présent, car nous allons nous préparer à célébrer le plus grand de tous les mystères, plus grand que toutes ses préparations, le mystère de notre Rédemption, « vers lequel convergent tous les sacrements de la divine miséricorde » (XI, 4). Or l’appel d’en haut ne s’adresse pas seulement à ceux qui vont recevoir à Pâques le sacrement de la régénération, et « passer à une vie nouvelle par le mystère de la mort et de la résurrection du Christ » (V, 3) ; non, cet appel retentit pour tous les membres du peuple chrétien :

Les uns ont besoin de cette sanctification pour recevoir ce qu’ils ne possèdent pas encore, les autres pour conserver ce qu’ils ont déjà reçu (ibid.).

Certes un mystère si sublime, à l’influence duquel nul temps de l’année n’échappe, devrait être constamment présent à l’esprit des chrétiens, et exigerait une dévotion sans défaillance et un respect sans relâche, en sorte que nous demeurions toujours, sous le regard de Dieu, tels que nous devrions nous trouver en la fête même de Pâques. Mais une telle vertu n’est le fait que d’un petit nombre : les pratiques plus austères se relâchent par suite de la faiblesse de la chair et le zèle se détend au milieu des activités variées de cette vie ; il est dès lors inévitable que les âmes pieuses elles-mêmes se laissent ternir par la poussière du monde (IV, 1).

Or ne croyons pas que ces impuretés ne soient que superficielles ; elles entrent en nous plus avant que nous ne le soupçonnons :

A quoi bon une recherche extérieure qui affiche les apparences de l’honorabilité, si l’intérieur de l’homme est souillé par l’infection de quelque vice ? Donc tout ce qui ternit la pureté de l’âme et le miroir de l’esprit doit être soigneusement effacé et en quelque sorte gratté pour que l’on retrouve l’éclat premier (II1, 1).

Nous ne devrons donc pas nous contenter de rechercher une correction tout extérieure, non, il va falloir pénétrer dans les replis du cœur, et, s’il faut « gratter » le miroir de l’âme que les fautes et les négligences ont laissé se ternir, cela n’ira pas sans souffrance.

Or si cela est nécessaire aux âmes les plus délicates, combien davantage doivent le rechercher celles qui ont passé presque tout le temps de l’année avec plus de confiance en elles-mêmes ou peut-être plus de négligence (V, 3) ?

D’où l’utilité pour tous de l’institution divine du carême, institution éminemment bienfaisante qui a prévu, pour rendre la pureté à nos âmes, le remède d’un entraînement de quarante jours au cours duquel les fautes des autres temps pussent être rachetées par les bonnes œuvres et consumées par les saints jeûnes (IV, 1).

Utilité pour tous, avons-nous dit, car c’est à tous que s’adresse l’avertissement du Prophète : « Préparez la route du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » C’est, en effet, un « passage » de Dieu, la Pâque, et malheur à qui n’y est pas attentif !

Se reprendre en main par la résolution

En vue de ce passage, que toute vallée soit comblée, continue le Prophète, toute montagne ou colline abaissée ; que les chemins tortueux deviennent droits et les rocailleux unis. Or la vallée signifie la douceur des humbles, la montagne et la colline l’élèvement des superbes (VII, 1).

Il faut arriver à ce résultat que, sur ces hauteurs aplanies, le pied puisse se poser sans craindre les chutes et que les chemins n’offrent plus rien de tortueux : ce sera alors une joie d’avancer pour celui qui foulera une route affermie par l’empierrement des vertus et non un chemin rendu mouvant par le sable des vices.

L’âme a été rendue mouvante et versatile par les habitudes vicieuses, il va falloir l’affermir par les habitudes des vertus. Car le péché originel et les fautes personnelles ont déséquilibré la créature raisonnable faite à l’image de Dieu dans la rectitude. L’âme spirituelle doit reconquérir son empire naturel qui est tout l’homme ; faute de quoi, c’est l’anarchie et rien de bon ne se fait. Saint Léon, après saint Paul, trace un tableau des luttes d’influences qui se livrent en nous :

Il se livre en nous bien des combats : autres sont les visées de la chair sur l’esprit, autres celles de l’esprit sur la chair. Que, dans cette lutte, les convoitises du corps soient les plus fortes, et la volonté raisonnable perdra honteusement la dignité qui lui est propre, et, pour son plus grand malheur, deviendra l’esclave de celui qu’elle était faite pour commander. Si au contraire l’esprit soumis à son Souverain et prenant plaisir aux faveurs célestes foule aux pieds les provocations des voluptés terrestres et ne permet pas au péché de régner dans son corps mortel, la raison alors gardera le rang qui lui convient par excellence, le premier… Car il n’y a pour l’homme de vraie paix et de vraie liberté que lorsque son corps est soumis à l’âme comme à son juge et l’âme conduite par Dieu comme par son supérieur (1, 2).

Voilà donc l’objectif tracé : rétablir toutes choses à leur place et rétablir l’homme dans la paix qui est « tranquillité de l’ordre » ; en somme l’unifier, car tous les vices sont des manifestations individualistes qui s’opposent autant à l’unité intérieure qu’à l’unité des saints, où tous sont épris de la même chose, tous ont le même sentiment, où il n’y a place ni pour les superbes, ni pour les envieux, ni pour les avares (X, 2).

Pour lire tous les points de l’article :

Source : L’entrée en Carême avec Saint Léon le Grand

Cardinal Robert Sarah : la crise actuelle est une crise de la foi

Par le père Gerald E. Murray | jeudi 21 janvier 2016

L’ouvrage Dieu ou rien, un long entretien du cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, avec le journaliste français Nicolas Diat est l’un des textes les plus revigorants récemment publiés. Je ne saurais trop faire l’éloge de ce livre. Il en émane la sagesse, la perspicacité et la foi profonde d’un serviteur de l’Église vraiment dévoué. C’est aussi un témoignage prophétique de la vérité. Le cardinal Sarah analyse la racine des maux dont souffre le monde actuel et propose le remède immuable de l’Église : la foi en Dieu telle que révélée par Son fils Jésus-Christ. Chemin faisant, il reproche aux membres du clergé et aux fidèles toutes les occasions où leur soumission à l’esprit du monde a beaucoup nui à l’Église. Le pape saint Pie X ayant été invité, après son élection, à définir le programme de son pontificat, désigna un crucifix et répondit « voilà mon programme ». Dans la même veine, à la question concernant la situation actuelle (« Est-ce une crise de l’Église ou une « crise de Dieu » ? »), le cardinal Sarah répond : « Contrairement à ce que nous pouvons considérer, la plus grande difficulté que rencontrent les hommes n’est pas de croire ce que l’Église enseigne sur le plan moral ; le plus dur pour le monde post-moderne est de croire en Dieu et en Son fils unique ».

Le problème fondamental de la société occidentale – et de l’Église – se ramène à des degrés divers de non-croyance en Dieu et en Sa Révélation. Cette incroyance va de l’athéisme (théorique et pratique) à l’agnosticisme (fruit souvent de l’ignorance, de la paresse ou de l’aveuglement spirituel) à un catholicisme très sélectif. Quand nous n’adhérons pas sans réserve au Christ et à son enseignement, nous sommes livrés à nous-mêmes – perspective peu réjouissante.

Le cardinal Sarah déclare : « Si le lien entre Dieu et les chrétiens s’affadit, l’Église devient une simple structure humaine, une société parmi d’autres. Dès lors, l’Église se banalise ; elle se mondanise et se corrompt jusqu’à perdre sa nature originelle. En fait, sans Dieu nous créons une Église à notre image, pour nos petits besoins, nos envies ou nos dégoûts. La mode s’empare de l’Église, et l’illusion du sacré devient périssable, une forme de médication périmée ».

Réfléchissez à des incidents remarquables comme le récent éloge funèbre de David Bowie dans l’Osservatore Romano. Éloge qui avait déjà comme précédent celui de Michael Jackson et fait suite à l’utilisation récente de la basilique Saint Pierre comme écran géant pour la projection d’images profanes. Et fait encore plus important, la Foi a été banalisée par la campagne tendant à autoriser les divorcés remariés à recevoir la sainte communion. Répéter les paroles du Seigneur « Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre commet un adultère » (Luc 16,18) est considéré comme un acte dur, peu charitable et morose.

Accorder le droit de recevoir la sainte communion à des personnes vivant dans un second mariage invalide est considéré par les novateurs comme un acte de justice – une façon de cesser d’exclure injustement ces personnes de la communauté des fidèles, de les exposer à une honte imméritée et de frustrer leur louable désir d’être nourris par le Seigneur. Les novateurs stigmatisent et tournent en dérision 2000 ans d’enseignement catholique en y voyant une lecture démodée, rigoriste et fondamentaliste des paroles du Seigneur. Cette intransigeance, selon eux, empêche l’Église de mettre en pratique « l’intention réelle » du Seigneur qui est que quiconque souhaite recevoir la sainte communion soit invité à participer au banquet de Son Corps et de Son Sang. Mais les paroles du Seigneur sont claires et ont été fidèlement appliquées dans la vie de l’Église depuis le commencement. Elles ne sauraient être rejetées sans saper la force obligatoire de tout ce qu’Il a dit par ailleurs. La campagne visant à permettre aux divorcés et aux remariés de recevoir la sainte communion est une corruption, transformant l’Église en un club sentimental ne prêchant et ne respectant que certaines parties des messages du Seigneur.

Voici la nouvelle directive : si nous trouvons dans l’Évangile quelque chose qui offense nos nouvelles sensibilités, n’en tenons pas compte et récrivons l’enseignement de l’Église en changeant ses pratiques sacramentelles. Pour calmer tout le monde, affirmons que la doctrine demeure inchangée. Nous ne le croyons pas réellement, bien sûr, mais c’est le camouflage nécessaire de l’innovation doctrinale révolutionnaire jusqu’à ce que nous puissions rejeter ce faux-semblant. Alors nous pourrons simplement annoncer que ce qui pour certains semblait être autrefois la signification de l’enseignement du Christ a pris à présent un sens tout à fait différent, grâce au don des « voix prophétiques de notre époque ».

Comment en sommes-nous arrivés là ? Le cardinal Sarah répond à la question : « Les sociétés occidentales s’organisent et vivent comme si Dieu n’existait pas. Les chrétiens eux-mêmes, dans de nombreuses occasions, se sont installés dans une apostasie silencieuse ». La nature sacrée des sacrements a été diluée dans un humanisme qui conçoit l’Église comme une dispensatrice de confort et de consolation aux personnes et comme un défenseur de la solidarité de groupe et de l’action sociale.

Selon ce concept, refuser la sainte communion à quiconque souhaite la recevoir est intolérable. N’avons-nous pas affaire à une apostasie silencieuse quand certains hommes d’Église nous disent qu’il ne faut pas empêcher qui que ce soit de communier indignement au Corps et au Sang du Seigneur en rappelant aux fidèles les paroles mêmes du Seigneur ?

Notre culture occidentale délétère est instinctivement hostile à des vérités qui s’opposent à la révolution sexuelle. L’Église, elle, a la mission de proclamer la vérité concernant le mariage enseignée par notre Seigneur et de ne pas rejeter cet enseignement afin de se conformer au monde. Le cardinal Sarah met de nouveau en plein dans le mille en disant : « L’Église proclame la Parole de Dieu et célèbre les sacrements dans le monde. Elle doit le faire avec la plus grande honnêteté, une authentique rigueur et un respect miséricordieux des souffrances de l’humanité qu’elle a le devoir de mener vers la « splendeur de la vérité », pour reprendre les premiers mots d’une encyclique de saint Jean-Paul II. »

Comme le disent les Français « Ainsi soit-il », c’est-à-dire Amen.

Samedi 16 janvier 2016

Le père Gerald E. Murray (J.C.D.) est le curé de Holy Family Church (New York, N.Y.) et docteur en droit canon.

Source : The Catholic Thing / France catholique
Photo : Creative Commons

Cardinal Robert Sarah : «Dieu ou rien – Une conversation sur la foi», avec Nicolas Diat.

Fabrice Hadjadj : Changer le monde ? Action et contemplation.

Qu’est-ce que prendre une initiative personnelle pour changer le monde ?

Conférence de Fabrice Hadjadj, professeur agrégé de philosophie

Dans cette conférence, Fabrice Hadjadj rappelle que pour combattre la destruction de la famille, il est nécessaire qu’il y ait de bons époux et de bons pères et mères de famille. Ce rappel mérite d’être complété par les propos du Père Horowitz au cours d’une conférence sur la théorie du genre:

 

Conférence de Fabrice Hadjadj : Courant pour une écologie humaine
Image : Espérance Nouvelle

Euthanasie: un cas d’abus grave pourrait mener à une révision de la loi belge

CB | Le Vif | Belga | 03-02-2016 | Rapporté par Belgicatho

Le partenaire chrétien-démocrate (CD&V) de la majorité fédérale souhaite une révision de la loi sur l’euthanasie. La législation actuelle ne prévoit pas de barrières suffisantes pour des « cas extrêmes », a réagi le sénateur Steven Vanackere, chef de groupe CD&V, suite à un reportage diffusé dans l’émission flamande Terzake (VRT) à propos de l’amateurisme de l’euthanasie, selon les dires de ses proches.

L’euthanasie de Tine Nys, 38 ans, a été approuvée il y a cinq ans sur base de souffrances psychiques, liées à une séparation. Selon ses soeurs, Tine a pris conseil auprès de trois médecins qui n’ont pas échangé d’informations entre eux. Tine ne bénéficiait plus d’un suivi psychiatrique depuis 15 ans. Les soeurs dénoncent l’amateurisme de l’euthanasie qui a été pratiquée.

Selon elles, Tine ne souffrait pas d’une maladie psychique incurable. Deux mois avant son décès, les médecins avaient posé un diagnostic d’autisme. Les soeurs estiment que les médecins sont passés trop rapidement à l’euthanasie et déplorent qu’ils n’aient pas proposé d’autres traitements.

Interrogées par la VRT, elles qualifient le médecin qui a pratiqué l’euthanasie de « nonchalant ». Ce dernier aurait en effet comparé l’euthanasie de Tine à une « injection létale administrée à un animal domestique favori pour mettre fin à ses souffrances ».

Le médecin aurait également négligé d’apporter le matériel nécessaire et à moment donné la perfusion serait même tombée sur le visage de la mourante. « Tremblant, mon père a dû tenir la seringue, parce que le médecin n’avait pas pensé prendre des pansements » explique une des soeurs de Tine. Et comble de la perversion, estiment les soeurs, après le décès, le médecin a demandé aux parents d’écouter le coeur de leur fille à l’aide de stéthoscope, afin de les assurer qu’elle était bien morte ».

Il est absolument nécessaire d’évaluer la loi 

Aussi pour le CD&V, qui n’a pas soutenu la législation, une évaluation de la loi est-elle « absolument » nécessaire. « Il y a beaucoup de manquements dans la loi, ce qui signifie que ceux qui font preuve de négligence connaissent la protection de cette loi », a clarifié M. Vanackere sur Radio 1. La loi prescrit que trois médecins doivent être consultés, mais ne reconnaît pas, selon lui, la nécessité d’un suivi à plus long terme. Le libéral Jean-Jacques De Gucht (Open Vld), partisan de la loi, se dit prêt à ouvrir le débat. « Mais les barrières que nous avons prévues existent », avance-t-il. « Trois médecins professionnels doivent, en leur âme et conscience, poser le diagnostic que le patient n’est plus en mesure d’être traité et c’est toujours le patient lui-même qui décide. »

Le sp.a estime pour sa part que la législation laisse aussi place « à trop d’incertitudes », et souhaite les diminuer autant que possible. Mais « le droit à l’euthanasie pour des souffrances psychiques doit demeurer », souligne la députée Karin Jiroflée. La socialiste pense se tourner vers la commission d’évaluation qui peut enquêter sur des problèmes et transmettre les dossiers problématiques au Parquet.

M. Vanackere s’interroge pour sa part sur la commission d’évaluation. « Je pense que nous avons établi une commission qui est trop juge et partie et n’est pas suffisamment indépendante », estime le chrétien-démocrate dans une antienne chère à son parti. Il insiste sur le fait que la commission d’évaluation doit se pencher sur le suivi des procédures pour une décision, et pas sur l’octroi concret de l’euthanasie.

 

Source :  Un témoignage glaçant pousse le CD&V à demander une révision de la loi sur l’euthanasie

Photo : VRT